White Bird – Gone Woman

Genre : Drame, Thriller  Durée :  1h31  Note : 15/20

Réalisé par : Gregg Araki Acteurs : Shailene Woodley, Eva Green, Christopher Meloni

Lorsque sa mère disparait, Kat Connors a 17 ans. Sans aucune trace d’elle, ses nuits vont peu à peu se teinter de cauchemars et de rêves entrants en résonnance avec son quotidien qui vont l’amener à se poser sur les raisons et sur l’origine de sa disparition.

A 54 ans, Gregg Araki est une figure très connue du cinéma indépendant. Sulfureux, subversif, excentrique, étrange. C’est un très habile peintre de l’adolescence torturée, de l’exploration de la sexualité, de l’apocalypse déguisée au sens propre comme au figuré. Araki prend effectivement plaisir à décortiquer, déconstruire, détruire le monde, les personnes comme la civilisation, en tout cas à la projeter immanquablement dans le gouffre alors qu’elle se baladait tranquillement sur son bord. Comme pour mieux challenger l’être humain, le mettre face à l’objet de son immanquable perte ou à ses traumas les plus déchirants.

Avec White Bird, il signe peut-être son film le moins déstabilisant pour qui le découvre une première fois, le plus « sage » pour celui qui le connait, le plus remarquablement maitrisé depuis son extraordinaire Mysterious Skin et son sujet pourtant très, très délicat.

Ce n’est pas un reproche, au contraire, comparer White Bird à ce que certains appellent le chef-d’oeuvre de Gregg Araki est plus qu’un compliment. Arriver à capter ainsi la vérité totale d’une situation somme toute classique issue d’un scénario assez classique et arriver à nous captiver par les liens qui unissent les personnages, cette vérité derrière l’évidence est la marque d’un immense réalisateur.

Maitre d’orchestre de l’image et du son, Gregg Araki réalise avec White Bird à la fois la même chose et l’exact opposé de Gone Girl sorti il y a quelques semaines. Subtilité et simplicité rendent un hommage formidable, presque à la Hitchcock, aux 80’s et à leur ambiance particulière dans les gestes, les tenues ou la musique. Véritable amoureux de la musique de cette époque, il habille encore une fois son film de références musicales parfaitement choisies, étranges et planantes, comme un nuage sonore de coton qui étouffe encore plus l’atmosphère rapidement oppressante de son histoire.

La tendresse, la fureur, la naïveté, l’aigreur, le grotesque, la méchanceté se côtoient avec une telle justesse et transparaissent parfaitement au travers de cette autopsie totale de l’explosion d’une famille de la middle class américaine en proie à une terrible routine, à un ennui mortel, moteur au couple ravageur qui ravage les couples et les humains déjà fragilisés. Des humains d’ailleurs parfaitement choisis, juste impeccables.

De Eva Green en Desperate Housewife magnifique mais glaciale et malsaine, pour une fois, tire son épingle du jeu et joue de cette image de beauté figée à Shailene Woodley, hypnotisante en ado à la fois irréfléchie et totalement les pieds sur terre. L’ensemble du cast se complète avec le génialement lamentable Christopher Meloni en père et homme carpette, Shiloh Fernandez et ado crado et bas du front et l’excellent Thomas Jane en flic peu scrupuleux pas tellement regardant sur la loi. Araki, comme dans tous ses films, sait monter un casting et tirer toute la substantifique moëlle du talent de ses acteurs même si l’on regrette un peu qu’il n’ai pas plus exploité ses seconds rôles adolescents en la présence de Gabourey Sidibe (Precious) et Mark Indelicato. Tous deux avaient le potentiel d’apporter quelque chose au récit.

Au final, un film majestueux, rare, touchant, mais selon moi, un poil en dessous de ses précédents.   Une œuvre néanmoins à des années lumières de la merde latente d’un Hollywood trop bavard qui ne pige plus rien au cinéma et est en train de véroler les goûts des générations futures.

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