Under The Skin – La peau que j’habite

Genre : Fantastique Durée : 1h47  Note : 15/20

Réalisé par :  Jonathan Glazer  Acteurs : Scarlett Johansson, Jeremy McWilliams

En Écosse, une jeune femme mystérieuse appâte des hommes dans sa camionnette pour les faire disparaitre les uns après les autres. Un motard suit à la trace son mortel jeu de séduction sur ces terres désolées et rigoureuses.

Inutile d’en savoir plus sur le film que ces quelques lignes de résumé. S’affranchir du pitch d’Under The Skin affiché sur tous les autres sites existants, c’est quelque part s’offrir encore un peu plus d’un virginal sentiment de découverte dans le voyage étrange que l’on s’apprête à parcourir à bord de la camionnette banalisée, mais ô combien effrayantes de Scarlett Johansson.

Un voyage étonnant, renversant, déstabilisant qui plongera les uns dans une léthargie et une perplexité totale et ravira ceux qui y verront une histoire, subtile, habile, tantôt photographique tantôt impressionniste et emprunte d’un sentiment absolu d’angoisse et de malaise énigmatique se rapprochant à certains moments d’un univers Lynchien.

Habitué du clip et déjà auteur de deux films particulièrement splendides, Jonathan Glazer est décidément un maître de l’image, de la caméra, de la couleur et de la lumière. Utilisant les nuances crues que révèlent une nuit noire ou un jour au ciel menaçant, il drape le spectateur d’Under The Skin dans ce même sombre linceul qui embrasse les victimes du personnage de Scarlett Johansson dans leur dernier souffle.

Quasiment muet, le film suit un enchainement de scènes énigmatiques, routinières, parfois glaçantes d’inhumanité qui mettent en scène cette succube étrange, prédatrice et hypnotique qui chasse et « dévore » de manière routinière les hommes seuls à la manière d’une sirène terrestre. Une femme au regard hébété et à la familiarité déstabilisante dont on comprendra, à la vue du dénouement final, les véritables motivations et le pourquoi de son regard à la fois absent comme étranger à elle-même.

Ne cherchant jamais à s’expliquer ni à se justifier, Under The Skin possède une aura étrange presque nauséeuse, relevée de touches musicales expérimentales, médicales presque, longues lignes de grave et stridulations suraigües comme un incompréhensible soliloque intérieur qui accompagne le spectateur et le déstabilise dans sa quête de compréhension. Mais la clé est là, Under The Skin ne se révèle que par touches, que par énigmes, par l’étrange ballet de séduction, entre solitude et désir sexuel, qui se joue entre les différents personnages du film, mais aussi par les maigres dialogues qui coupent de film de son silence pesant.

Johansson, c’est enfoncer une porte ouverte, a eu l’audace de sortir de son carcan de rôle de superhéroïne bavarde et joue avec ses atours connus et médiatisés de femme fatale et fatalement belle pour remettre un peu ses pieds sur terre. Après avoir joué la voix fatale dans Her, elle joue ce corps du désir, cette beauté aveuglante surréaliste, mais comme vide d’humanité. Seule star au milieu d’anonymes, elle devient à la fois plus creuse, moins starifiée, même si elle reste la lumière sur laquelle viennent s’écraser les hommes, phallus en avant,  aveuglés par sa frigide beauté. Une fois la fin révélée, redécouvrir le film, revoir chaque attitude, chaque regard de l’actrice, chaque pièce de la mise en scène et chaque scène marquante du film permet de saisir toute la subtilité et la poésie macabre d’un film, qui certainement, ne fera jamais l’unanimité.

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