Un Homme Très Recherché – Taupes in Hambourg

Genre : Thriller psychologique d’espionnage Durée :  2h02  Note : 14/20

Réalisé par : Anton Corbijn Acteurs : Philip Seymour Hoffman, Rachel McAdams, Grigoriy Dobrygin

Une dizaine d’années après le 11 septembre, à Hambourg, ville ayant abrité les islamistes dirigés par Mohamed Atta et responsables de l’attentat terroriste, Issa Karpov, un immigré russo-tchétchène débarque dans la communauté musulmane. Les services secrets et Allemands et Américains se mettent vite sur la brèche pour identifier ses intentions et peut-être prévenir un nouvel attentat. D’autant qu’un autre individu, Abdullah, médiatisé et richissime fait déjà l’objet d’une étroite surveillance.

John Le Carré, auteur de romans d’espionnage, n’en a jamais fini d’inspirer Hollywwod. L’espion qui venait du Froid, La Maison Russie, Le Tailleur de Panama, The Constant Gardener, La Taupe pour ne citer qu’eux, sont des films réputés tant pour  la qualité de leur adaptation que pour leur histoire originale. Spécialiste du roman tentaculaire aux lointains relents de guerre froide et de trahison interservices.

Personnages sombres, complexes, calculateurs, doubles, ses héros sont à l’opposé du célèbre espion de Ian Fleming. Discrets, mais d’autant plus redoutables. Ses romans, moins basés sur l’action que sur les relations ambigües entre ses personnages et les coulisses de ces acteurs de l’ombre.

Un Homme Très Recherché ne déroge pas à la règle. Bien moins sombre, labyrinthique et désabusé que « La Taupe » qui brillait de par sa complexité, sa profondeur et sa vraie beauté graphique, le film apporte néanmoins un sujet contemporain sur le plateau, l’islamisme radical, comme pour mieux démonter les idées reçues, dénoncer les travers des cellules antiterroristes, décortiquer leurs manières de procéder pour remonter aux informations. Utiliser chaque pion pour le positionner au bon moment, sans se douter que l’adversaire n’est pas forcément celui que l’on croit.

Dépourvu d’action, mais centré sur une histoire passionnante malgré quelques longueurs, Un Homme Très Recherché offre un dernier rôle en or au défunt Phillip Seymour Hoffman qui, comme d’habitude, se révèle impeccable de sobriété comme terrifiant d’efficacité. Voix atone et autoritaire, blues latent, mais guide implacable d’une équipe réduite qui croit aux résultats importants obtenus par la patience plutôt qu’à l’efficacité ponctuelle obtenue au tractopelle façon CIA.

Retords et prenant, le film de Anton Cordijn garde finalement suffisamment d’élégance et de sobriété pour être un beau produit fini, très agréable à regarder, mais ne s’offre pas de prise de risque assez grande pour devenir un film exceptionnel comme l’était son prédécesseur.

Le tout se révèle donc finalement assez classique, tout en étant largement au-dessus du lot. Grâce en soi rendue certainement à l’auteur original qui offrait au film, les fondations solides pour un très bon film d’espionnage. Une véritable partie d’échecs (au sens propre, comme au figuré) dans laquelle l’ensemble du casting brille en tout cas par son efficacité. Un moment très agréable, mais qui aurait gagné à s’intéresser bien plus en profondeur à ses personnages secondaires qu’il survole un peu pour plus de subtilité, de suspense  et d’ambigüité.

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