Total Recall, mémoires programmées – Totale racole

Genre : Science-fiction, action Durée : 2h10 Note : 06/20

Réalisé par :  Len Wiseman  Acteurs : Colin Farell, Kate Beckinsale, Jessica Biel, Bryan Cranston, Bill Nighy, John Cho

Douglas Quaid a une vie frustrante d’ouvrier de la construction de robot. Il décide d’aller un jour chez Rekall, un organisme qui implante des souvenirs alternatifs dans le cerveau de ses clients. Malheureusement, Quaid est soudain pris de panique lorsque la procédure d’implantation tourne mal. Il se retrouve alors traqué par la police et les milices du dangereux Vilos Cohaagen qui veulent absolument l’arrêter et l’exterminer. Pourquoi ? En quoi Quaid est-il aussi important ?

Après notre critique sur Spiderman, on ne va pas refaire un topo sur les reboots. Si le temps a passé depuis le Total Recall de Paul Verhoeven et que l’idée de faire un reboot peut être acceptable en soi, il fallait que celui-ci se révèle être à la hauteur de son glorieux ainé ou tout du moins apporter quelque chose de plus.

En gros, on était en droit d’espérer que le réalisateur ne pas se foute de la gueule du monde en recomptant partout des recettes qui ont marché dans des films à droite et à gauche et en les mélangeant bien fort au shaker en espérant le miracle de voir au montage sortir un Blade Runner bis croisé avec l’histoire sordide de l’autre nouvelle de Phillip K. Dick.

Mais alors, comment espérer ça d’un mec qui nous a pondu la vomitive série des underworld ? Film vampirique qui vampirise tous les plans et clichés des Blade, Vampire, Ghost In The shell, Gunm et Matrix réunis pour en faire une sauce indigeste d’une connerie dans sans nom, sans fond, sans intelligence et qui donne envie de chier dans son lecteur de DVDpour pouvoir l’envoyer par La Poste au bureau du réalisateur histoire qu’il voit clairement ce que l’on en pense. Quand on sait que le sieur prend le risque immense de s’attaquer prochainement à un reboot d’Independance Day, on flaire à peine l’opportunisme qui pointait déjà le bout de sa truffe dans ce Total Recall totalement racoleur.

Verhoeven à l’époque ne s’était pas embarrassé de grand chose et même s’il s’était affranchit allégrement de la nouvelle « we can remember it for you wholesale » de l’auteur du magnifique Blade Runner, il l’avait adaptée avec brio dans une Terre et une Mars à la fois clinquante et crasseuse.

Pur produit des 80/90, ça parlait cul et préférences sexuelles, on allait sur Mars où la vie, c’était pas franchement la joie, le film était politiquement incorrect avec une lutte des classes entre les riches exploitants et politicards véreux et les mutants déformés à grands coups de radiations. Le film enquillait putes à trois seins, type avec une sorte de vagin sur la figure, morts violentes, blagues vaseuses, morceaux de bravoure, ultraviolence, mais posait une magnifique réflexion et une terrible ambigüité sur la situation réelle et irréelle de l’histoire de Quaid. Frontière narrative très chère à Phillip K. Dick faut-il le préciser.

Le film lui a pris un gros coup de vieux, mais reste absolument culte. Sans échelle de comparaison aucune, là où Ridley Scott avait injecté de sa personnalité dans Blade Runner, Paul Verhoeven a mis beaucoup de la sienne dans son Total Recall. C’était un film en ce sens bien plus européen qu’américain. Une spécialité du réalisateur d’ailleurs quand on voit le pamphlet cynico patriotique qu’était Starship Troopers qui flattait autant l’égo des ricains qu’ils les faisaient passer pour des débiles profonds ou son énorme Robocop, monument de violence à la gloire (ou pas) des forces de police US…

Je sais, vous allez dire, c’était une autre époque, un autre regard, plus de libertés, blablabla, on est des vieux cons, c’était mieux avant et tout ça…. Alors parlons de ce Totall Recall 2012 ! Objectivement, le film de Wiseman est-il à la hauteur ? Franchement, autant demander si Luc Besson fait du Bergman avec sa série des Taxi.

Total Recall : Mémoires programmées (quel joli titre) manque d’amour, de passion, de hargne et d’envie. Absolument pas à sa place et jamais pertinent, Wiseman enchaine comme une grosse brutasse des scènes d’action qui, en plus d’être plus confuses les unes sont creuses et insignifiantes comme s’il prenait conscience qu’elles étaient l’ingrédient indispensable pour combler le vide intersidéral de ce qu’il essaie de nous raconter. Aucune finesse, rien de l’humour potache qui transpirait dans le film de 1990, rien nada, que dalle ! Le jeu enfin entre la réalité et la fiction est loin d’être aussi sibyllin que dans le roman ou le film de Verhoeven, ici tout acrédite la version d’une réalité pure et dure.

Plongeant ses protagonistes dans un décor méchamment pompé sur Blade Runner bien que dernier ne respire  pas la crasse et l’horreur de la vision de Ridley Scott (images de synthèse oblige), Wiseman looke son film de manière outrageusement plate et fade pour ce genre de cinéma. Il n’y a aucune originalité aucune inventivité dans l’ambiance ou les univers qu’il créé et même s’il colle au roman en situant exclusivement l’action sur terre, il n’y aucune évocation de la planète Mars tout de même assez présente ne serait-ce que dans l’inconscient de Quaid. Ainsi, même s’il multiplie les clins d’œil au film de Verhoeven, Wiseman n’en atteint jamais la quintessence et la virtuosité.

Enfin, la distribution du réalisateur est d’une effroyable pauvreté. Exit l’affrontement entre la blonde et la brune, les sidekicks sadiques, les bad boys shootés aux radiations, les traitres immondes, les monstres hideux. Sous utilisé le formidable Bill Nighy… Out enfin, le héros charismatique, bête de course, brut de décoffrage par excellence. Le héros monolithique un peu couillon mais énervé par ce qui lui arrive qu’était Arny laisse place à insipide, presque lunaire Colin Farell qui n’a rien du action héros et semble totalement paumé, bien plus que le rôle ne le demande d’ailleurs. Charismatique comme un poêle à bois, il peine à trouver sa place au milieu des deux morues qui se crêpent le chignon comme des furieuses le jour des soldes sur les crèmes de jour alors que Bryan Cranston (Malcolm, Breaking Bad) arrive comme un cheveu sur la soupe, dans un rôle qui lui va comme un gant à un lévrier.

Total Recall : Mémoires programmées est un film direct to dvd, qui se laisse juste mâter en s’endormant qui se contente de récupérer des cascades vues dans la trilogie Jason Bourne, un décor pompé sur Blade Runner et des images de synthèse vraiment très moches, de propulser un trio de benêts insipides en tête du film pour nous coller un méchant auquel on ne croit pas une seule seconde et un final à mourir de rire.

Énorme déception !

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