The Strangers – Bibimbaffe

Critique The Strangers Poster - N'y allez pas c'est da la merde

Genre : Thriller, Policier, Drame Durée :  2h36 Note : 17/20

Réalisé par : Na Hong-jin Acteurs :   Kwak Do-Won, Hwang Jeong-min, Chun Woo-hee

Dans un petit village coréen, le quotidien tranquille des habitants est soudain troublé par une série de meurtres très violents, inexpliqués qui très vite trouvent le suspect idéal en la personne d’un vieux japonais qui habite dans la quiétude les alentours montagneux et isolés de la commune. Alors que les meurtres continuent, Jong-Gu, un policier un ballot, se voit contraint de collaborer avec un chaman pour à la fois sauver le village et sa famille menacés par ces évènements aux atours surnaturels.

Après les polars très brutaux The Chaser et The Murderer, Na Hong-jin met un pied dans le policier fantastique en se propulsant aux commandes d’une enquête qui met de coté la violence graphique pure et dure pour basculer dans d’inexplicables et retors évènements surnaturels portant atteinte à l’intégrité physique et psychologique des personnages. Après la violence autour du sexe, le cannibalisme, c’est la magie noire qu’il explore avec son style bien à lui.

Le film met tout autant en avant les légendes étranges qui baignent le folklore Coréen et Japonais que le dénuement total dans lequel vivent certains habitants de la Corée, pays que l’on décrit souvent comme vivant dans une insolente opulence loin des tracas du quotidien de la vie rurale et au contraire, ultra moderne, ultra connecté. La Corée est à l’instar de son voisin et « ennemi d’hier » un pays où technologie et traditions se côtoient. Beaucoup de récits de fiction encore aujourd’hui, utilisent le socle du folklore fantastique, de dieux et des croyances et de la cosmogonie originelle du monde.

Critique The Strangers 03 - N'y allez pas c'est da la merde
Shaman, docteur et as du barbecue, j’apporte une touche colorée à vos longues veillées funèbres

Utiliser ce levier a beau être tout nouveau pour Na Hong-jin, il utilise à merveille ses codes visuels d’un quotidien au bord du gouffre, sale et pluvieux pour infuser une ligne fantastique qui oscille entre onirisme et réalité. Les personnages, à double ou triple lecture, tantôt génies flamboyants ou abrutis parfaits, victimes idéales ou coupables évidents, sorcier bienveillant ou sordide manipulateur pas un ne semble enclin à nous aider à résoudre l’énigme qui se joue et se déroule sous nos yeux.

C’est littéralement perdu, les yeux rivés à l’écran, les mains liées dans l’impuissance de notre statut de spectateur que le récit tourne dans notre tête comme à l’écran, provoque une empathie immédiate pour le personnage, aussi isolé que nous et nous fait nous poser la question. Mais qu’est ce que je ferais à sa place ?

The Strangers est magistral, impeccable. Il glisse entre nos doigts, nous fascine avec peu, son emprise nous laisse une empreinte durable, au fer rouge, comme le sceau diabolique d’un sort qu’il nous a jeté avec une discrétion et une flamboyance qui contraste avec tous les efforts déployés par Hollywood pour nous impressionner.

Critique The Strangers 02 - N'y allez pas c'est da la merde
Avant le début du film, j’étais au bord du gouffre, mais depuis, j’ai fait un grand pas en avant

C’est un vrai récit souple, qui se détend et se resserre où ni l’explication ni l’expiation ne sont les clés. Une valse noire qui nous écrase entre chamanisme et christianisme, rugueuse, violente, rouge et bleue,  humide et sèche, torturée et libératrice. 2h36 qui passent sans sourciller alors que tant de films ne mettent que 45 minutes avant de nous faire chier.

Avis sur “The Strangers – Bibimbaffe

  1. Ahh le voilà cet article, et là, je suis entièrement d’accord avec ta critique !
    Quelle claque, un vrai régal ! Les situations s’enchaînent à un rythme effréné, nous poussant à enquêter nous même sur ce que nous venons de voir, sur tous les indices que nous rassemblons au fil du film. Les personnages sont charismatiques malgré leur côté bête et simplets, totalement crédibles dans le contexte, dépassés par les événements. Là j’ai eu mon marathon, le genre qui nous retourne dans tous les sens, qui fait réfléchir tout au long de la semaine, et qui me pousse à attendre qu’une victime passe à la maison pour le revoir !
    Merci pour ce papier, et merci aux coréens pour leur cinéma de qualité ! (surtout ce réal, The Chaser fait probablement partie de mon top 10..et Dieu sait que c’est difficile de faire un top 10)

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