The Salvation – Spaghetti au surströmming

Genre : Western, Aventure Durée :  1h32  Note : 16/20

Réalisé par : Kristian Levring Acteurs : Mads Mikkelsen, Eva Green, Jeffrey Dean Morgan, Eric Cantona, Mikael Persbrandt, Jonathan Pryce, Douglas Henshall

En 1870, dans l’ouest sauvage américain, un colon danois venu sur place 7 ans auparavant, accueille sa femme et son fils venus le rejoindre. Dans la diligence qui les conduit vers leur maison, ils sont attaqués par le frère de Delarue, un chef de gang violent et névropathe qui terrorise et rackette la région. Une confrontation qui va dégénérer et  bousculer rapidement la vie de cette petite ville du Far-West.

J’arrête immédiatement les critiques que pourraient provoquer le titre, je sais que le surströmming est Suédois mais c’était histoire de faire un beau titre énigmatico-culinaire. Et oui j’ai goûté les Spaghetti au surströmming, c’est parfaitement dégueulasse. J’aime beaucoup les deux séparément mais les deux ensemble, c’est pas terrible. Il faudra peut-être que j’essaie sans bolognaise. Revenons à nos considérations cinématographiques.

Le Western a été un genre un peu oublié ou en tout cas peu médiatisé ces 20 dernières années. On garde en mémoire. Le désastreux Mort ou Vif, le cataclysmique Mort Blueberry, les Hiroshimesques  Lucky Luke de James Huth – Les Daltons de Philippe Haim, le navrant Bandidas, il n’y a guère que There Will Be Blood, 3h10 to Yuma, L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford ou Appaloosa qui tiraient un peu leur épingle du jeu et encore, pas tous… Je laisse ici de côté Brokeback Moutain ou No Country que certains qualifient de western mais qui n’en sont pas du tout.

Par Western, j’entends film se déroulant dans les années 1850-1900, bottes aux pieds, colt à la ceinture et cheval sous les fesses. L’homme sans nom au cigarillo, Josey Wales, Tuco, Sentenza, l’indien, Personne, Pike Bishop, Jack Beauregard, Peckinpah, Eastwood, Leone. Western Crépusculaire, genre encore plus radical que ne l’était le Western Spaghetti….

Autant de noms qui résonnent aux oreilles des amateurs de l’ouest sauvage, anarchique et violent représentatif du fantasme collectif de la Conquête de l’Ouest. De la naissance des fondations de la nation américaine.

C’est d’un vent du nord que vient le souffle nouveau qui balaie les plaines de l’Ouest Américain (sud africaines en l’occurrence). Un vent Danois exactement qui déferle à forts beauforts sur les frêles maisons des frêles habitants lâches et peureux qu’un village paumé terrorisé par une bande de violents desperados, les cow-boys, pas la bière, oui c’est une vanne pourrie.

Un vent qui fait battre les tempes et le cœur tant la cruauté et la lâcheté omniprésente prend aux tripes pour nous plonger dans un cercle vicieux de vengeance sauvage filmée avec une telle maestria, un tel goût du rebondissement que l’on ne sait pas avant la fin si tout le monde va y laisser sa peau. Mads Mikkelsen et Eva Green, déjà réunis autour d’une table de Poker se retrouvent chacun un peu à contre emploi et interprètent parfaitement ces deux blessés de l’Ouest Américain que la vie n’a pas épargné.

Jeffrey Dean Morgan, Eric Cantona, Mikael Persbrandt, Jonathan Pryce et Douglas Henshall achêvent un casting impeccable depuis le parfait salaud, aux petites merdes couardes en passant par un frère dévoué, terrifiant et impeccable. Des personnages obligés certes, mais qui existent dans leur propre avec suffisamment pour provoquer empathie, dégoût ou haine. Quelque chose, qui, il est bien de le rappeler est devenu suffisamment rare pour être souligné.

Résumer The Salvation à sa violence, c’est perdre une partie du film. Au travers de ce film, c’est surtout un portrait de l’Amérique future qui se dessine. A la fois classique dans sa trame qui ne déborde pas d’une originalité stratosphérique comme les vieux John Ford Colgate blancheur et nourri des ambiances poussiéreuses et de la fraicheur des coyotes dégueulasses et nauséeux qui devaient puer de la gueule à 80 miles à la ronde, Kristian Levring  réussi ce mélange étonnant de s’approprier la checklist du Western d’époque pour en faire de The Salvation un film hommage finalement  inventif visuellement et très intelligemment représentatif de cette marée coloniale Anglaise, Française, Danoise, Espagnole, Allemande qui devait cohabiter dans des espaces à la fois immenses et minuscules et s’entretuer pour des broutilles, une vengeance ou pour la perspective future d’un champ de pétrole.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *