The Place Beyond the Pines – Bitter Sweet America

Genre : Policier, Drame Durée : 2h20 Note : 17/20

Réalisé par :  Derek Cianfrance Acteurs : Ryan Gosling, Bradley Cooper, Eva Mendes, Rose Byrne, Ray Liotta, Dane DeHaan, Emory Cohen, Ben Mendelsohn

Luke Glanton, motard émérite, fait partie d’une caravane d’artistes itinérants, il parcourt le pays en effectuant son spectaculaire show du globe de la mort. Revenu à Schenectady, un petit village de l’état de New-York, il découvre que Romina, une femme avec qui il a eu une aventure, a donné naissance à son fils. Violent mais bon fond mais un peu voyou, Luke décide de quitter la troupe et de s’installer dans la petit bourgade et pour subvenir aux besoins de sa nouvelle famille qui pour l’instant le rejette, il commet une série de braquages. Une décision qui influera sur la vie de beaucoup, beaucoup de personnes.

Par delà les pins, c’est une petite ville américaine dans toute sa banalité et la vie miséreuse de ses habitants. L’Amérique profonde des employés de petites entreprises, de garagistes qui survivent de petits travaux, de mère de famille qui récoltent quelques dollars dans un diner de pacotille à servir des plats insipides à des clients réguliers ou de passage.

Par delà les pins, c’est aussi la vie d’un marginal pas très futé qui change du tout au tout. Luke (Ryan Gosling), cascadeur rêvant de liberté et de vie sans attaches qui se découvre père de famille et qui, peu éduqué et habitué aux boulots, plonge dans une délinquance de plus en plus dangereuse afin de trouver les moyens de subvenir aux besoins de sa famille. Un personnage qui va marquer à sa manière, la vie de ceux qui de près ou de loin l’ont côtoyé.

Ce qui aurait pu devenir alors le récit d’un bad-boy à reconquête de l’amour des siens prend alors un virage surprenant. Pour ceux qui n’ont pas encore vu le film, je les invite à quitter cette critique immédiatement et de filer voir le film sans tarder pour se préserver de toute révélation indésirable….

Cette surprise de taille offre plus qu’une parenthèse dans le récit c’est un véritable coup de boule surprise qui vous déstabilise dans votre siège et vous accroche d’autant plus au récit que le personnage principal vient de décéder. Votre intérêt se tourne alors vers celui qui est responsable de sa mort, Avery un jeune flic bardé de diplômes et à l’ambition débordante, père d’un fils du même âge que Luke qui se retrouvera au cœur d’une affaire de corruption policière qu’il règlera à sa manière. Le film viendra alors prendre un nouveau twist lorsque 15 ans plus tard, les deux jeunes garçons de Luke et de Avery se rencontreront dans un destin inéluctable pour régler ce drame qui lia leurs deux familles sans qu’eux-mêmes ne le sachent.

The Place Beyond de Pines est à des kilomètres de l’actionner ultra bourrin shooté aux hormones mâles qui défouraille dans tous les coins. Ici, presque aucun coup de feu, juste un, comme une claque, qui renverse le récit dans une seule seconde comme une vie peut basculer par un geste malheureux. C’est ce simple coup de feu qui changera à jamais la vie de plusieurs personnes.

Le film, bien au contraire, possède une violence sous-jacente, impalpable, mais qui imprime sa permanence et submerge de sa présence tout le récit comme un détonateur prêt à exploser. C’est à la fois un film emprunt d’une profonde mélancolie et d’un malaise rugueux qui vous submerge comme un tsunami pour vous envelopper dans cette saga familiale, ce drame quasi shakespearien dans lequel, sur des générations, l’image du personnage principal Luke naviguera même de son vivant, comme une figure fantomatique, une présence étrange. Apparaissant ici par une photo, là par un article et surtout réincarné par un fils qui, d’une certaine manière, lui ressemble sans même l’avoir côtoyé, comme marqué dans sa chair des traces psychogénéalogiques de son charismatique géniteur. C’est là surtout le grand plus du décès prématuré du personnage de Ryan Gosling, disparaitre moins pour relancer le récit que pour imprimer de son absence une présence formidable sur le film.

The Place Beyond the Pines est un film rare, précieux. Superbement écrit, magistralement interprété par l’ensemble du casting des plus jeunes, aux plus âgés, et portant l’image sublime à la fois documentaire et photographique du cinéma indépendant, The Place Beyond The Pines achève de faire de Derek Cianfrance, déjà réalisateur de Blue Valentine, un réalisateur à suivre de très près. Un réalisateur qui sait tirer toute la subtilité du jeu de ses acteurs en les dirigeant comme un chef d’orchestre dans un concert de regards, de sous-textes, de gestes simples lourds de sens, donnant au film ce sentiment assez incroyable de pénétrer comme d’effleurer le réalisme terrible d’une histoire que l’on pourrait imaginer comme dramatiquement banale au cœur de l’Amérique profonde.

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