The Hateful Eight – Duels

Les huit salopards - the hateful eight - critique n'y allez pas c'est de la merde

Genre : Western Durée :  2h48 Note : 16/20

Réalisé par : Quentin Tarantino Acteurs :  Samuel L. Jackson, Kurt Russell, Jennifer Jason Leigh, Walton Goggins, Michael Madsen, Tim Roth, Demian Bichir, Bruce Dern

Au début des années 1870, John Ruth, chasseur de primes dit « Le Bourreau » se rend en diligence à Red Rock pour qu’y soit jugée et pendue sa prisonnière Daisy Domergue. Sur le chemin, pris dans un blizzard, il croise le Major Marquis Warren, un soldat noir, ancien gradé de l’Union devenu lui aussi chasseur de primes et Chris Manning, ancien bandit devenu Sheriff de Red Rock. Arrivés au relais de diligence de Minnie, et en son absence, ils tombent sur les quatre occupants. Très vite, les soupçons commencent à naître au sein de ces huit salopards.

Quand on regarde rétrospectivement la filmographie de Tarantino, la violence exacerbée, le sens aigu du dialogue, précis, menaçant, duelliste, comme deux desperados qui s’affrontent, l’importance primordiale de la musique et de longues scènes qui étirent le temps et font monter la tension du spectateur, homophonie incluse, partout dans ses films, on sent, la présence de Sergio Leone et il serait difficile, voire impossible d’en faire ici une liste exhaustive.

Quentin, après avoir réalisé son film de Kung Fu, souhait, voulait, plus que tout réaliser un western. Un genre esquissé d’un certain point de vue, dans Inglorious Basterds, mis à l’encre et en couleurs dans Django Unchained et enfin abordé de pleins pieds, dans The Hateful Eight (un hommage aux Magnificient Seven de John Sturges.

Les huit salopards - the hateful eight 02 - critique n'y allez pas c'est de la merde
Bonnes gueules, grandes gueules

 

Ce quasi huis clos est la rencontre entre les grands moments des grands westerns spaghetti et la « Tarantino’s touch », à la fois terrifiante et cartoonesque, au trait forcé, mais jamais surchargé, à l’ambiance veillée de Noël où se croisent cousins consanguins partageant leurs souvenirs respectifs de soirées scouto-pédophiles au coin de feu et oncles et grands-pères bourrés au Corbières se tranchant la main en faisant des concours de découpage de ragoût de cuissot de sanglier aux cèpes dans une réécriture de Reservoir Dogs version 1870.

C’est une véritable valse de caractères caractériels ciselés comme les tranches translucides d’un plat de fugu : imprévisibles et mortels au moindre faux pas. Dans cette pièce de théâtre où les personnages ont tous un fond aussi détestable les uns que les autres, véritables bien nommés salopards, les apparences se lèvent, les âmes se dévoilent, les menaces se voilent et explose emportée de toute la vapeur qui anime la machinerie bien huilée d’une redoutable machination orchestrée par des relations que l’on devine avant qu’elles nous soient dévoilées dans un final Tarantinoniturant.

Les huit salopards - the hateful eight 01 - critique n'y allez pas c'est de la merde
Excédent de bagages

 

La force de The Hateful Eight est de prendre le genre du Western à contre éperons, transformant nos attentes de duels dans la poussière, de scènes de saloon, en un très étonnant, très surprenant jeu de chiens de faïence aux regards, torves, nerveux, paranoïaques, irrités, condescendants, suppliants, accusateurs, enjôleurs, séducteurs ou complètement dingues. Tarantino envoie un gigantesque fuck à ce que l’on attendait de lui, désarçonnant le spectateur du début à la fin.

Venu chercher un western attendu, ce dernier repartira avec la surprise d’une œuvre inattendue, non pas une réécriture du western, il faut quand même pas déconner, mais un pari couillu pour un film de cet acabit dans lequel le réalisateur fait exploser toute sa verve de dialoguiste infernal et de métronome du montage et de l’intrigue. C’est simple, distrayant, les deux 2h40 passent comme l’éclair de lucidité d’un coyote à foie jaune qui vient de se prendre en plein cœur, la balle qui mettra un point final à sa carrière de desperado, inspiré le Leone et Peckinpah sans jamais les plagier ou les copier. Seul Tarantino pouvait oser ça… et le réussir.

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