Steve Jobs – De l’autre côté du miroir

Critique Steve Jobs - Nyallezpascestdelamerde

Genre : Drame, Biopic, Thriller Durée :  2h02 Note : 11/20

Réalisé par : Danny Boyle Acteurs :  Michael Fassbender, Kate Winslet, Seth Rogen

C’est dans les coulisses des key-notes de Steve Jobs que l’on découvre les hauts et les bas de sa vie professionnelle et personnelle, de ses relations houleuses à sa tyrannie en passant par sa fameuse habileté à la fois à tirer la couverture à lui et à pousser ses équipes dans leurs retranchements. Sadique névropathe, génie marketing, père catastrophique, Communiquant quasi autiste qui trace sa ligne… Steve Jobs nous propose de découvrir l’homme derrière l’iPhone autour de trois moments clés qui ont jalonnés sa carrière.

Je ne suis pas un fanboy de Jobs, j’admire sa vision et même son immense capacité à s’approprier le travail des autres. Comme disait Picasso, « les bons artistes copient, les plus grands volent ». Steve Jobs est à ce titre et sans conteste à la fois l’un des plus grands voleurs et l’un des meilleurs assembleurs de technologie de son siècle. Mais aussi, il faut le reconnaitre, l’une des personnes qui a su poser les bases de l’informatique moderne en le sortant d’un monde qui ne voyait pas l’utilité de le rendre accessible à tous.

Tel Arthur C. Clarke qui ouvre de ses paroles prophétiques le film de Danny Boyle, il a fait de la science-fiction quelque chose de réel en plus d’en tirer un business-model terriblement lucratif. Nul doute que le monde digital d’aujourd’hui, qui petit à petit a réduit la distance dans l’interface homme-machine ne serait pas ce qu’il est de nos jours. Rassurez-vous, le film de Danny Boyle ne va pas dans la dissection technologique, mais plus dans la destructuration psychologique. Une peinture esquissée des relations de Jobs avec ses proches plus qu’une thérapie ou analyse en profondeur de la psyché du personnage.

Steve Jobs, par Danny Boyle, ce n’est pas un léchage de fesses en règle ni un cadeau aux fans aveuglés de l’homme de Palo Alto. C’est un Behind The Scenes sobre comme les lignes d’un iPad, qui fait un peu couiner sur la part sombre d’un personnage que beaucoup adulent, mais que bien peu, au fond, connaissaient et supportaient les humeurs changeantes et les crises de paranoïa et de folie. Ses réflexions désobligeantes et la pression yottapascalesque qu’il mettait à ses équipes. Une véritable carrière menée manu militari dans une stratégie quasi guerrière d’élimination de l’ennemi et de ciblage affutée de parts de marché.

Quid du résultat ? Plutôt mitigé. Le reportage « Steve Jobs, The Man In The Machine » faisait beaucoup mieux en  étant beaucoup plus didactique. On est exactement dans ce qu’aimait le co-créateur d’Apple : la performance, le show, l’esbroufe, le too-much, le spectaculaire, le beau, le concours de bite. Le film, en multiple huis clos (ça devient une mode), n’est quasiment fait que de monologues Jobsiens, entendre de dialogues de sourds à sens unique. C’est un rouleau compresseur que nous joue l’excellent Michael Fassbender, parfaitement à l’aise dans le rôle écrasant du dominateur lors des relations sadomasochistes qu’il tient avec ses collègues.

Épuisant, crevant, on comprend vite que le pouvoir de Jobs tenait dans ce parfait équilibre entre « fais ce que je te dis ou casse-toi, tout le monde veut bosser pour moi , je te remplace quand je veux » et son blablabla interminable qui a fait céder le plus sourd des plus patients de ses collaborateurs. Lesquels, vieillissants, comme lui à vue d’œil au cours du film offrent un sacré répondant à l’énergie de Fassbender.

Un film joliment réalisé, très bavard, mais très énergisé, pas révolutionnaire, loin de là, mais qui nous épargne la sensiblerie de ses derniers jours et la folie de ses années LSD et Hashram comme le pamphlet masturbatoire d’un réalisateur qui lui baise les pieds. On n’en attendait pas moins du réalisateur anglais qui se détache du fanatisme à la frontière de la liturgie pour œuvrer dans le décodage complexe de l’évangile apocryphe de l’homme-pomme, finalement un peu paumé.

Jobs n’est pas un messie, mais a fait passer son message, suivi à la lettre par Boyle. Think Different.

 

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