Starbuck – Bébés éprouvants

Genre : Comédie Durée : 1h49 Note : 17/20

Réalisé par :  Ken Scott  Acteurs : Patrick Huard , Julie Le Breton , Antoine Bertrand

David Wozniak a une vie un peu pourrie. Il doit 80.000 dollars canadiens à un usurier, livre des quartiers de viande pour la boucherie familiale, n’a pas vraiment de passion et une vie un peu morne et tout le monde lui tombe dessus pour son gentil jemenfoutisme. A 42 ans cet éternel adolescent va connaitre trois évènements qui lui tombent dessus sans crier gare. Après avoir appris qu’il est le père de 533 enfants, que 142 d’entre veulent le rencontrer et que par-dessus tout, le 534ème arrive lorsque sa petite-amie Valérie, qui ignore tout de la situation, tombe enceinte. David va devoir faire face à un choix auquel bien peu de personne sur terre n’a été confronté.

Les Invasions Barbares, Le Déclin De L’empire Américain, C.R.A.Z.Y, Bon Cop Bad Cop et aujourd’hui Starbuck le cinéma Québécois est, en tous cas dans la production qui nous arrive en France, d’une incroyable créativité, d’une diabolique intelligence, d’une finesse et d’une subtilité à la fois singulière et spécifique à ces films qui semblent pour certains  sortis du cinéma indépendant américain avec sa petite point d’accent québécois.

Par ces jours de bonne chaleur, de comédies françaises au rabais, de bouses cinématographiques effroyables et de néant éclairant d’une pâle lueur les écrans des salles obscures, qu’il est délectable de savourer un film d’une fraicheur incroyable, d’une grande originalité, tourné avec un second degré déconcertant et possédant une tendresse et une subtilité parfaitement distillées sans jamais, jamais tomber dans le mélodrame moralisateur et la vulgarité.

Porté par la prestation formidable de Patrick Huard qui joue ce paumé incroyablement touchant. Totalement largué, ce personnage de « branleur professionnel » dont on apprendra que les évolutions solitaires priapiques partaient d’une réelle bonne intention et que son pseudonyme vient d’un taureau ultra fertile qui s’est rendu célèbre au Canada par sa descendance gigantesque, est immédiatement attachant. Tant par son coté chien battu que par son comportement et son évolution tout au long du film bercé par quelques petits morceaux musicaux superbement choisis, il est Irrésistiblement drôle tant par son jeu de regard que par son attitude à la fois désinvolte, adolescente ou au contraire, terriblement adulte.

Saisissant par l’approche du sujet de la paternité, qui fait peur et enthousiasme chaque homme et qui est traité ici sous toutes ses coutures ? Par la vie de papa elle même au travers du personnage d’Antoine Durand, le meilleur ami et avocat bras-cassé de David, père délirant, totalement dépassé par ses petits qui tisse avec David une relation amicale aussi surréaliste que ses 533 enfants sortis de nulle part. Par la vie d’aspirant père qui attend la venue de son premier enfant « désiré » et enfin, par celle du père qui s’ignore et qui va découvrir le bonheur d’être papa de 533 bonhommes et bonnes femmes aussi formidables que différents.

Détonnant par son histoire qui, loin de n’être qu’une apologie à la paternité « in vitro » ou « in vivo », est surtout et avant tout un film sur la famille et l’importance de connaitre ses origines car c’est d’elles que nous venons et quelque part, génétiquement, qu’on le veuille ou non, c’est elle qui font ce que nous sommes. Elle fait de cette délirante idée une sorte de vrai-faux road-movie où les rencontres se succèdent pour dégager autant d’émotions qu’elles dévoilent de personnalités que ce soient celles des enfants de David que ses frères un peu taquins mais terriblement attachés à lui.

Aidé par tout cela et à ses dialogues sans faille, taillés sur mesures, claquant dans l’oreille, incisifs à souhait Interprétés par une brochette d’acteurs tous aussi parfaits les un que les autres, Starbuck est un OVNI formidable et délectable. Absolument décalée, jamais moralisatrice, d’une tendresse infinie et vibrant d’un naturel déconcertant à l’écran, l’aventure rocambolesque de cet anti-héros super-papa au délicieux accent québécois est certainement l’une des comédies les plus réussies que l’on ai vu depuis très longtemps. Une véritable merveille, un bonheur cinématographique à la hauteur des meilleurs films indés américains, égalant dans l’émotion un Away We Go par exemple qui abordait lui aussi un sujet un peu similaire.

Son réalisateur Ken Scott a su transformer un sujet plutôt grave, une question sensible pour la décortiquer avec une grande intelligence dans un océan d’humour et de justesse qui nous fais pleurer un peu et rire beaucoup sans jamais tomber ni dans la pathos, la caricature, ou la niaiserie. Du grand art !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *