Souvenirs de Marnie – Souvenirs retrouvés

Critique Souvenirs de Marnie

Genre : Animation, Drame, Aventure  Durée :  21h43 Note : 17/20

Réalisé par : Hiromasa Yonebayashi Acteurs : 

Anna, une jeune fille mal dans sa peau, asthmatique, ayant perdu ses parents et en conflit avec sa mère adoptive, quitte Osaka le temps de l’été pour aller séjourner chez Kiyomasa et Setsu Oiwa, sa tante et son oncle qui résident dans un petit village du bord de mer au nord d’Hokkaido. Amoureuse du dessin, elle va très vite découvrir lors d’une séance de croquis, une gigantesque et magnifique manoir abandonné construit sur le bord des marais. Comme attirée irrésistiblement par ce dernier, elle va y rencontrer Marnie, une jeune fille de son âge, occidentale, qui semble y résider. Auréolée de mystère, cette rencontre va changer pour toujours la vie d’Anna.

Souvenirs de Marnie marquera l’histoire du Studio Ghibli. À la fois par l’échec retentissant qu’il connût au Japon, parce qu’il sera vraisemblablement leur dernier film et enfin parce qu’il plonge le spectateur dans une nuée d’univers parallèlo-temporels, méandres de l’esprit adolescent qu’il ne prétend jamais psychanalyser.

Dépeignant à merveille les affres de l’adolescence et la solitude terrible que peuvent ressentir certains enfants ne trouvant pas leur place ou simplement, ne se trouvant pas eux-mêmes, Souvenirs de Marnie possède son lot de scènes poignantes qui en font un film à montrer aux enfants pour les sortir de l’océan de mièvrerie superficielle, mais certainement difficile à appréhender pour les tout petits. Mais le film va plus loin, ce n’est pas juste un film sur une adolescente mal dans sa peau mais bien sur les raisons profondes de son malaise, ce qu’elle aimerait être, ce qu’elle aimerait partager son envie de communiquer avec le monde parasitée par une souffrance profonde qui se dévoile long du film.

Il est clairement plus proche d’un Tombeau Des Lucioles, le déchirant récit de Takahata, que du léger Totoro. Mais c’est la force du Studio, pouvoir produire des films pour différents publics, mais permettant, pour les parents un peu ouverts, de discuter avec leurs enfants de sujets pas toujours faciles à aborder.

Ainsi, Anna et Marnie sont de ces personnages féminins solides que le Studio affectionne particulièrement. A la fois indépendantes, mais seules, affranchies des autres, mais trouvant leur salut dans une amitié forte et exclusive et leur imaginaire débordant. Chacune portant leur propre fardeau et trouvant chez l’autre le moyen de l’alléger.

Magique, fantastique même, oscillant entre réalité fantasmée et introspection involontaire, peu importe au fond, le film brouille les pistes, déchaine orages foudroyants et adieux larmoyants, éparpille les pièces d’un puzzle onirique pour les rassembler au cours de la dernière demi-heure avec justesse et précaution, comme si la lente reconstruction du personnage d’Anna s’opérait en reprenant pied, lentement, avec la réalité. Comme si, à l’instar de Chihiro qui grandissait après son séjour et ses rencontres chez Yubaba, Anna déployait ses racines pour mieux les retrouver et les ancrer et enfin avancer.

Alors, si on peut justement lui reprocher certaines longueurs mélodramatiques, une fin un peu trop explicative (pour que les enfants comprennent) et certains élans de mièvrerie, celles-ci sont bien vite gommées par le véritable impressionnisme visuel qui caractérise les productions Ghibli. Faire passer l’émotion par l’image plutôt que par les mots, jouer du symbolisme et de l’étrange pour mieux trouver une résonance dans la réalité. La réalisation, la beauté du film est simplement à couper le souffle.

Souvenirs de Marnie porte bien son nom. C’est un film sur la tendresse, sur l’importance de la famille et de ses racines. De par sa construction et son approche de la cellule familiale, c’est un film qui aborde un sujet rarement vu dans les productions japonaises, l’adoption, le deuil et ses conséquences sur les enfants. C’est enfin un film ancré sur des croyances purement shinto ou bouddhistes qui trouvent dans les rêves et le passé les solutions pour panser les plaies du présent.

Sous son apparence que certains trouveront trop légère, il trouve parfaitement sa place dans la grande famille des longs métrages Ghibli. Peut-être pas à la hauteur d’un Miyazaki (on ne remplace pas des années de carrière et de conteur), mais très au-dessus de la production mainstream de l’animation japonaise en général. Un film, qui j’en suis sûr, trouvera une reconnaissance avec le temps.

A savourer en VO s’il vous plait pour les plus grands, la version française ne rendant pas hommage au travail des doubleurs initiaux.

Avis sur “Souvenirs de Marnie – Souvenirs retrouvés

  1. La bande annonce, en VO, laisse percevoir beaucoup de souffrance et de déchirure entre ces deux pré adolescents, ton explication , sans trop dévoiler et en gardant le suspens, laisse deviner la richesse et la délicatesse de ce film…que nous irons sûrement voir.

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