Critique Skyfall – Brand New Bond

Genre : Drame, Espionnage, Action Durée : 2h23 Note : 17/20

Réalisé par :  Sam Mendes  Acteurs : Daniel Craig, Judi Dench, Ralph Fiennes, Javier Bardem

La dernière mission de Bond a été un échec total et il y a presque laissé la vie. Une liste des agents infiltrés du contre-espionnage anglais se retrouve sur YouTube, le MI6 subit un attentat obligeant M a prendre des mesures drastiques. Cet effondrement du système pousse Mallory, membre du ISC, un ensemble de parlementaires chargés de veiller à la bonne utilisation, action et administration du SIS, le fameux MI6. Mallory commande alors d’effectuer une enquête sur M faisant planer en plus d’une menace extérieure sur le MI6, une menace intérieure sur son département. Bond alors se retrouve seul ou presque. Aidé de l’agent de terrain Ève, il se lance sur la piste de mystérieux  Silva dont les objectifs dangereux restent néanmoins indéfinis.

Skyfall, sous ce nom énigmatique qui masque lui -même une autre énigme du film, se cachait un James Bond attendu par beaucoup. D’abord parce que c’est le troisième interprété par le très bon et très charismatique Daniel Craig, ensuite parce que beaucoup, dont je ne fais pas partie, avaient trouvé Quantum Of Solace sinon désastreux en tout cas pas franchement réussi. Pour ma part, si je trouvais que QOS s’empêtrait un peu dans ses enjeux et ses rebondissements et qu’il n’offrait pas de méchant digne de ce nom, en regard en tout cas du formidable chiffre sous les traits de Mad Mikkelsen, il constituait avec Casino Royale, un diptyque plutôt de bonne facture en regard des étrons effroyables que l’on venait de se goinfrer avec Pierce Brosnan.

Skyfall arrive également à un moment charnière, les 50 au cinéma de l’agent le moins secret du monde. Une crise de la cinquantaine qui lui réussit plutôt bien lorsque l’on admire Skyfall, véritable quintessence de ce que l’on attend d’un James Bond de notre époque tout en collant à l’image du personnage des romans de Ian Fleming. Cynique, froid, charmeur, violent, efficace, protecteur, expert, plus humain, moins super héros, moins gadgetophile et gadgetovore, et dont l’écriture littéraire est aussi poussée que son interprétation à l’écran, Daniel Craig convainc définitivement qu’il est le Sean Connery d’aujourd’hui, certainement le meilleur interprète de James Bond depuis longtemps.

Mais si le film ne s’arrêtait qu’à la parfaite interprétation de Craig, le splendide jeu de Judi Dench,  Javier Bardem, Ralph Fiennes et les nouveaux arrivants et futurs réguliers ainsi qu’à l’alchimie parfaite entre tous les personnages, Skyfall ne serait qu’un bon film d’action. Bien évidemment, le film va chercher ses qualités dans bien d’autres domaines, grâce en soi rendue au très inspiré et talentueux Sam Mendes dont ce galop d’essai dans le cinéma d’action est un véritable coup d’éclat.

Sa réalisation brillante, claire, épurée, sachant se faire à la fois nerveuse et douce sans jamais faire retomber la tension dramatique du film s’accorde parfaitement avec un scénario superbement ficelé d’une profondeur humaine rarement égalée dans un film de Bond en tout cas au moins aussi forte que dans Casino Royale. Mendes à su faire de ce Bond un bombe visuelle, magnifique et digne d’un reportage de Nat Géo lorsqu’il filme des paysages, à la hauteur d’un immense réalisateur lorsqu’il filme ses acteurs.

Et non content de nous offrir des scènes d’action à couper le souffle d’une clarté jouissive tant dans le cadrage que dans le montage, sachant réutiliser les codes des cartons comme la trilogie Bourne pour mieux les remanier à sa sauce là où de nombreux réalisateurs ne nous servent que des copiés collés désastreux donnant l’impression d’une caméra dans une machine à laver.

En réinterprétant quantité d’éléments emblématiques des anciens films pour mieux les utiliser soit dans des clins d’œil subtilement intégrés soit dans des scènes humoristiques fortement appuyées, Sam Mendes a su parler à nos souvenirs bondesques, transformant ces références des petites madeleines de Proust et plaisirs coupable. En installant le film avec une rythmique parfaite du début jusqu’à esquisser dans les dernières secondes, une véritable peinture de l’univers Bondien. En intégrant de puissants enjeux dramatiques. En offrant à Daniel Craig une Némésis complètement déviante et déviée en la personne de Javier Bardem juste parfait de retenue et glaçant dans certaines scènes. En ne limitant pas James Bond à un déluge de cascades délirantes et à une nuée de gadgets délirants, mais en l’inscrivant dans un récit presque cérébral,  littéraire, voire introspectif sans tomber dans le grotesque pour autant, Mendes a réussi le tour de force de faire de Skyfall un immense film et imprime une vision beaucoup plus intimiste et empathique au héros et à la saga.

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