Silence – Le silence est d’or

Critique - Silence - Scorcese - N'y allez pas c'est de la merde Poster

Genre : Historique, Drame Durée : 2h42 Note : 18/20

Réalisé par : Martin Scorcese Acteurs :   Andrew Garfield, Adam Driver, Liam Neeson

XVIIEME SIÈCLE, DEUX PRÊTRES JÉSUITES SE RENDENT AU JAPON POUR RETROUVER LA TRACE DE LEUR MENTOR, LE PÈRE FERREIRA, DISPARU ALORS QU’IL TENTAIT DE RÉPANDRE LES ENSEIGNEMENTS DU CATHOLICISME. ILS DECOUVRENT UN PAYS OU LE CHRISTIANISME EST DÉCRÉTÉ ILLÉGAL ET TOUS SES FIDÈLES PERSÉCUTÉS. C’EST UNE VÉRITABLE ENQUÊTE DANS LA CLANDESTINITÉ QU’ILS DEVRONT MENER POUR PERCER A JOUR LE DESTIN DU PERE FERREIRA ET COMPRENDRE POURQUOI LES AUTORITÉS JAPONAISES REJETTENT LEUR RELIGION.

Des cinémas brûlés (14 blessés au cinéma St Michel de Paris), des séances annulées, des critiques d’une certaine partie de l’Église avec un É majuscule, une guerre religieuse entre la France et les USA et les protestations de l’institution en France contre Mitterrand et Lang… la dernière incursion de Martin Scorcese dans la religion Catholique n’est pas passée comme une lettre à la poste.

Vivement critiqué, l’adaptation de La Dernière Tentation du Christ de Níkos Kazantzákis, montrant un Christ aspirant à une vie normale, cédant aux sirènes de Satan sur sa croix, pour finalement accepter son destin et sa mort dans son ultime dénouement marchait sur les plates-bandes bien tracées des saintes écritures.

Pourtant, c’est avec un profond acte de Foi que celui qui voulait être prêtre avant de devenir le réalisateur préféré des maffieux avait réalisé son film. La tentation, la remise en question de sa Foi étant un combat latent chez le croyant quelle que soit sa religion. Pourquoi son instigateur, sa figure emblématique, ne pouvait-il pas être un homme comme les autres, en proie à ses propres doutes ? Ramener le Christ à cet état permet de l’humaniser un peu plus et de le rendre plus proche et plus apte à comprendre les problèmes de ceux qui croient en lui.

Critique - Silence - Scorcese - N'y allez pas c'est de la merde 02

C’est ce même chemin qu’empruntent les personnages de Silence dans un contexte et une époque dont on trouve des traces et écrits concrets. Son récit s’inscrit ainsi dans la vérité de la période pré-isolationniste du Sakoku japonais (la fermeture du pays de 1641 à 1853) en pleine période Edo durant laquelle tous les Chrétiens japonais et les prêtres catholiques étaient durement martyrisés au motif que la religion catholique n’était pas faite pour l’esprit japonais. Elle représentait surtout un danger pour l’autorité de Tokugawa Iemitsu et l’équilibre de l’empire qu’il était en train de bâtir.

Cette adaptation d’un livre que Shūsaku Endō, son auteur, offrit à Martin Scorcese à l’occasion de la sortie de La Dernière Tentation du Christ est tout simplement brillante. La mise en scène, terriblement millimétrée, cadrée à la perfection, filmée avec douceur et vérité porte les spectateurs sur les flots tumultueux du voyage de ces deux jésuites partis à la recherche de leur guide spirituel, de leur maître à penser.

Habités par leurs personnages, Andrew Garfield et Adam Driver campent des prêtres qui sont avant tout des hommes, constamment tiraillés par le bonheur de transmettre leurs enseignements et leur devoir de donner l’absolution à des êtres que le bon sens-commun trouverait détestables et condamnables.

Le personnage de Kichijiro est à ce titre une sorte de Judas, faible, vénal, craintif, en proie aux constantes tentations qui croisent son chemin et pourtant profondément attaché au pardon divin comme s’il craignait que ne tombe du ciel une sanction divine qui le punisse et l’écrase de sa puissance pour tout la médiocrité qu’il représente.

Critique - Silence - Scorcese - N'y allez pas c'est de la merde 01

Loin d’un cliché d’opposition entre les deux courants religieux, Martin Scorcese détricote l’esprit des deux parties pour en comprendre les ressorts et les modes de pensée. C’est la force de Silence que de montrer que le doute fait partie de la Foi et du parcours religieux, elle montre l’intelligence, le recul qu’il faut pour appréhender les choses. Des êtres comme Kichijiro représentent ces obstacles, ces questionnements au même titre que la cruauté dans le monde, les massacres en règle au nom d’une religion ou d’une autre. Que la Foi s’envole naturellement, temporairement, que l’on vous force à ne plus croire, par la répression ou la torture et elle reviendra à un moment où à un autre, parfois au crépuscule de votre vie.

Scorcese ne juge pas, n’arbitre pas, il constate, il fait son chemin de Foi, son analyse de ses propres doutes, de son propre regard au travers du livre de Shūsaku Endō mais aussi, et on le sent, de sa propre vie. Comme tout croyant, il est à la fois Rodrigues et Garupe, parfois Ferreira, parfois Kichijiro… balancé entre l’amour et la haine du monde et des autres, faible et fort, combattif ou épuisé.

Silence n’est rien d’autre qu’un pur chef-d’œuvre qui exige que l’on y pense des heures, des semaines après l’avoir vu. Un film beau et profond que l’on emporte avec soi et qui sonne totalement du début à la fin.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *