Sea Fog – C’est pas l’homme qui prend la mer…

Critique Sea Fog

Genre : Suspense, Thriller, Tragédie, Drame  Durée :  1h45 Note : 16/20

Réalisé par : Sung Bo Shim Acteurs :  Yun-Seok Kim, Park Yu-Chun, Han Ye-Ri, Seong-Kun Mun, Sang-Ho Kim, Hee-Jun Lee, Seung-Mok Yoo

C’est la crise pour les marins en Corée du Sud, la pêche connait une pénurie sans précédent et lorsque son employeur décide de revendre son bateau, le capitaine Kang décide de le racheter pour sauvegarder son équipage. Désormais son propre patron, il accepte presque à contre cœur de transporter des clandestins depuis la Chine jusque dans son pays. Une décision qui ne sera pas sans conséquence.

JSA, Je suis un Cyborg, J’ai rencontré le Diable, Nameless Gangster, The Chaser, The Host, The Murderer, Mémories of Murder, Sympathy for Mr Vengeance, Old Boy, A Bittersweet Life, Jiburo, Dirty Carnival, Ivre de femmes et de peintures, , Lady Vengeance, A Compagny Man… Le cinéma Sud-Coréen qui nous arrive en Europe (accompagné des dramas sirupeux d’histoire d’amour comme les affectionnent les jeunes filles romantiques rêvant au prince charmant filiforme androgyne ) s’impose depuis une dizaine d’années comme une valeur certaine d’un cinéma pur, sans concession, sans américanisme exacerbé, sans volonté de copier le grand frère hollywoodien.

Ce cinéma, qui a développé sa propre personnalité grâce à l’influence de son voisin japonais et hongkongais possède une aura de violence véhiculée par les films de Park Chan-Wook, Yu Ha, Na Hong-Jin , Bong Joon-Ho, Kim Jee-Woon ou Sung Bo-Shim qui réalise Sea Fog aujourd’hui. Mais lorsque l’on s’y plonge, le cinéma du pays du matin calme sait se faire intimiste, touchant, doux et très profond. En témoigne A Man who Was Superman, Mother ou My Sassy Girl qui mêlent humour, comédie et intelligence avec une maestria que peu de réalisateurs savent manier.

Sea Fog séduit immédiatement pas sa plastique superbe. Une réalisation soignée, magnifiquement crasseuse qui nous immerge immédiatement au cœur du récit. Pas de décor idéalisé, pas de soleil couchant sur une mer étale, ici, le décor est brut, le confort spartiate, la vie difficile, c’est certain, la croisière ne s’amuse pas et Doc, Goffer et Isaac Washington sont loin des flots clapotants des productions d’Aaron Speeling.

Le monde dans lequel navigue Sea Fog est l’image de son titre, un paysage sur lequel tombe lentement une brume aussi physique que morale, comme un voile de mystère, de doute, de suspicion, véritable paravent claustrophobique derrière lequel se perdent et se cachent les personnages du film.

Sea fog photo

Superbement interprétés, les différents personnages prennent vie, jouent, vivent, semblent se connaitre, former une équipe, rude, brute de décoffrage, il y a une vérité dans leur jeu, une justesse dans leur direction typique du cinéma sud-coréen qui permet de se sentir à la fois spectateur et équipier, amusé et terrifié, en tout cas totalement dans le récit. Un art qui se perd de plus en plus dans une ère de cinoche qui se regarde le nombril tout en se tirant sur l’élastique. Point de chef de fil ici, l’équipage existe pour le film et aucun acteur ne semble exister pour lui-même.

Cette somme de détails qui semblent une évidence, mais est oubliée par beaucoup de réalisateurs américains ou européens, contribue à guider le récit sans linéarité, avec surprises et rebondissements vers un thriller en huis clos mélange de romance, violence, comédie, horreur, polar absolument captivant et d’autant plus angoissant qu’il sonne vrai à l’écran et est lui-même titré d’un fait divers véridique.

Une peinture terrible d’un milieu social touché de plein fouet par une crise économique, névrosée et schizophrénique qui consomme et régule dans richesse comme dans pauvreté qui pousse les hommes vers leurs plus bas instincts animaux de conservation.

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