Quai D’Orsay – Affaires étrangères famillières

Genre : Comédie Durée : 1h53 Note : 13/20

Réalisé par : Bertrand Tavernier Acteurs : Thierry Lhermitte, Raphael Personnaz, Julie Gayet, Niels Arestrup

Arthur Vlaminck est embauché au Quai d’Orsay par Alexandre Taillard de Worms. Ministre des affaires étrangères shooté à la vitamine C et aux philosophes grecs, le charismatique et survolté Alexandre Taillard de Worms est une pile électrique et le Quai d’Orsay une pagaille sans nom dans laquelle Arthur va découvrir que s’atteler aux « langages » comprendre les discours, d’un homme politique n’est pas de tout repos.

En choisissant d’adapter la survoltée et totalement barrée BD éponyme signée Christophe Blain et Abel Lanzac, Bertrand Tavernier s’est essayé à un bien difficile excercice. Le personnage haut en couleur d’Alexandre Taillard de Worms, portrait quasi hyper réaliste de Dominique de Villepin était  absolument incontrôlable. Géant musculeux et dégingandé, apparaissant ici, disparaissant là, difficile de rendre ce que permettent les cases et la folie d’une bande dessinée dans le cadre d’une caméra, le montage fût il épileptique, utilisant le split screen pour essayer de faire plus moderne ou plus… BD justement…

Permettez-moi donc (même si je fait ce que je veux, je suis chez moi), de ne pas juger l’adaptation qui souffre forcément de la comparaison à son détriment, mais plutôt le film lui-même dans son parti pris de comédie burlesque et pas franchouillarde pour une fois étonne et fait rire. En allant un peu chercher le spectateur qui a un cerveau plutôt que celui qui végète en regardant ce que la télé à osé faire de pire depuis ces dernières années, Tavernier s’affranchi d’un portrait politique lorgnant vers le documentaire pour verser dans la justesse de la caricature pertinente comme le faisait fort bien la BD.

Soyons clair, sans faire de condescendants raccourcis, le spectateur de base des Zamours, ne comprendra rien au bal de Thierry Lhermitte, hystérique, régissant ses conseillers  ministériels à grands coups d’envolées lyriques comme un chef d’orchestre bourré à la 8.6.

Ainsi, le film nous montre la véritable fourmilière qui aurait fusionné avec un panier de crabes qu’est  le ministère des Affaires étrangères. Ce dernier nous apparait comme un refuge de travailleurs épuisés par les sempiternelles sorties de leur grand patron et sa capacité à se contredire d’une demi-heure à une autre avec une constance qui confine à l’horlogerie Suisse.

C’est là où joue la corde comique de Quai D’Orsay, dans la loufoquerie de son personnage principal monomaniaque du Stabilo, mais aussi dans la galerie de personnages secondaires aussi enclins à se serrer les coudes qu’à se planter une machette rouillée dans le dos.

Surprenant et très juste dans la peau de ce Dominique de Villepin de Pellicule (double particule s’il vous plat !), Thierry Lhermitte arbore en permanence un joie évidente à incarner un névrosé qui, il faut le reconnaitre fait et porte tout le film même si ses conseillers ne sont pas en reste. Raphaël Personnaz, puceau de la politique doué en lettres et Niels Arestrup, magistral en vieux loups blasé des mers aussi agitées que politisées, blasé des traits de folie de son Patron.

Ils forment un duo formidable, tantôt blasés, parfois au bord de la crise de nerfs, ils répondent avec un équilibre parfait à l’énergie que déploie Thierry Lhermitte l’un mettant en valeur l’autre avec une générosité rare, surtout dans la comédie française où le comique tourne souvent autour d’un seul et même individu.

Les bonnes comédies politiques sont suffisamment rares qui plus est quand elles sont réussies pour être mises en valeur. Quai d’Orsay est loin d’être une comédie culte, mais reste très, très au-dessus de la production moyenne française du genre dans laquelle s’empêtrent des comiques affligeants de beauffitude et d’opportunisme.

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