Prometheus – Dans l’espace, personne de vous entendra créer

Genre : Drame, Science-Fiction, épouvante Durée : 2h03 Note :  15/20

Réalisé par :  Ridley Scott Acteurs : Michael Fassbender,Noomi Rapace, Charlize Theron, Patrick Wilson, Guy Pearce, Idris Elba

 

2089, un couple d’archéologues découvre dans plusieurs sites sur la terre des peintures murales représentant un civilisation de géants pointant un système stellaire invisible depuis la terre. Un expédition est alors organisée à bord du vaisseau Prometheus pour se rendre sur la planète LV-223 dans le système Zeta-Reticulli, pour peut-être percer les origines de l’humanité.

En 1979 apparaissait sur les écrans des salles obscures un film angoissant et étrange. Une bombe pessimiste, sale et suintante du nom d’Alien qui allait exploser à grand coups de xénomorphe dans le bide l’univers propret et gentil d’un Star-Wars parfois trop gentillet mais qui n’allait pas se priver également de cracher à la gueule des institutions envers lesquelles les américains éprouvaient plus que du dégoût en cette période Watergate et de guerre du Vietnam.

Reprenant certains codes du space-opéra avec ces immenses vaisseaux glissant dans cet univers froid et glacé qu’est l’espace, s’inspirant du blanc médical des intérieurs de 2001 pour mieux faire basculer l’équipage traqué du Nostromo dans les galeries industrielles bourrées du tuyauteries du transporteur spatial, finissant son film sur le visage d’une Ripley apaisée s’endormant dans l’espace pour un sommeil stasique de plusieurs années rappelant le fœtus du même 2001, Ridley Scott avait réalisé un véritable chef-d’oeuvre, une parabole violente de la maternité. (Vaisseau protecteur appelé maman, accouchement dans la douleur), parabole qu’il avait transposé en chasse à l’homme dans l’espace comme il transportera le film policier dans le futur avec Blade-Runner. Point de surenchère, juste une bonne histoire magnifiquement filmée avec une créature née de l’esprit malade et torturé du génial H. R Giger.

Ce véritable jeu du chat et la souris où un prédateur impitoyable chasse des être humains désemparés devant une telle animalité, a scotché plus d’un spectateur dans son siège à l’époque et a posé les bases de moults films de SF qui tenteront de suivre les traces de Ridley Scott avec plus ou moins de succès, devenant même une saga qui, avis tout personnel, aurait dû d’arrêter à l’épisode terriblement  viscéral qu’était Alien 3 réalisé par un tout jeune David Fincher.

C’est dire alors si, 30 ans après, Prometheus était devenu un produit de fantasme ultime pour les fans du monument du cinéma réalisé par Ridley Scott. Des quantités de rumeurs courraient sur la thématique du film. Était-ce un prequel d’Alien ou un film de SF situé dans l’univers d’Alien ? Quelle place tenait dans le film la Weymand Corp, compagnie tentaculaire surpuissante dirigée par un CEO dénué de scrupules ? S’agissait il d’un film de monstres ? De course poursuite ? En fait c’est un peu un mélange de tout ça. Attention, spoilers inside.

Disons-le tout de suite, Prometheus n’est PAS un film de monstre, ce n’est pas non plus un film de traque au même titre qu’un Alien où une créature violente éliminait un à un les membres des équipages des vaisseaux ou des stations dans lesquelles il s’était infiltré, C’est par contre une vraie fausse prequel d’Alien, une sidequel plus exactement et un film de science-fiction bien écrit, sans aucune temps mort qui revient encore une fois sur le terrain maternel d’Alien avec une quête sur les origines de l’homme qui se transforme en véritable cauchemar.

Sobrement spectaculaire, ne voulant pas en faire trop, d’une esthétique foudroyante de beauté, cette exploration spatiale n’arrive certes pas à la hauteur du film originel mais parvient au prix de décors hallucinants, de rencontres étranges, de découvertes énigmatiques à créer suffisamment de tension pour nous faire plonger au cœur d’une histoire où, une fois encore, l’être humain n’est rien.

Dans Prometheus, Scott maltraite ses acteurs et ses personnages pris en défaut devant des forces qui les dépassent, ne pouvant rien ou presque contre le cruel acharnement aveugle de personnages qui les considèrent comme des nuisibles et les écrasent comme un gamin pulvérise une fourmilière en éclatant de rire. Au prise à la fois à des créations génétiques étranges et à un climat sans pitié. D’une capitaine sans scrupule et à un robot parfaitement déshumanisé, symbole froid et méprisant d’une technologie aussi sentimentale qu’un toaster famillial,  il ne fait bon s’embarquer à bord du Prometheus.

Avec une histoire bien amenée et bien menée, claustrophobique et viscérale, plus intellectuelle que jouant sur la surenchère, cachant ses prédateurs comme pour mieux encenser leur supériorité, Prometheus nous fait glisser avec délice dans une découverte passionnante et terrifiante aux confins de l’univers au milieu de titanesques décors apocalyptiques où se révèlent, enfin, les secrets des origines de l’une des  créatures les plus terrifiantes du cinéma. Les seules choses que l’on peut reprocher à Prometheus finalement, c’est peut-être d’être parfois trop explicatif et surtout d’offrir une ultime scène vraiment, totalement inutile.

Utilisant à la fois le « carnet des charges » de la saga Alien mais étant suffisamment intelligent pour les retourner et poser les bases d’un nouvel arc narratif que l’on espère dans la même veine que ce premier épisode, Ridley Scott réalise là, si on se réfère au nom des planètes (différentes entre Prometheus et Alien, le Huitième passager) et à la configuration du site du crash,  un épisode ancré dans l’univers d’Alien mais sans rapport direct avec la saga.

Cette « sidequel » se positionne soit comme l’amorce d’une nouvelle saga où l’héroïne jouera un rôle central à l’instar d’une Ellen Ripley, soit comme une explication de ce qui a conduit le Space Jockey du 1er épisode à s’écraser sur LV-426, éliminé par sa propre création, lançant désespérément son message codé vers le Nostromo comme un piège mortel qui se referma sur ses passagers. Un parti pris et une subtilité scénaristique qui fait de Prometheus une oeuvre totalement à la hauteur de nos attentes pour qui ne s’attendait pas à un Alien-bis et qui glisse avec beaucoup de sens vers l’histoire qui verra s’affronter Ripley et le 1er xénomorphe en 2122.

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