Nightcall – Red Red Night

Critique Nightcall - N'y allez pas c'est de la merde

Genre : Thriller, Drame, Suspense  Durée :  1h57 Note : 15/20

Réalisé par : Dan Gilroy Acteurs :  Jake Gyllenhall, Rene Russo, Bill Paxton

Lou Bloom, trentenaire, galère entre petits boulots et recels divers. Alors qu’on vient de lui refuser un travail, il tombe sur un accident de la route filmé par une équipe de télévision amateur qui utilise ces images pour les revendre aux journaux télé de la matinale. Pour Lou, c’est le déclic, il s’élance avec sa caméra dans une course au scoop. Une activité où le manque de morale et l’appât du spectaculaire font peu à peu reculer les limites de l’acceptable.

Spectaculaire, c’est ainsi qu’on juge la transformation physique de Jake Gyllenhaal. Émacié, limite sidaïque ou cocaïnomane, on sent chez son personnage, une sorte de détonateur vivant, un esquif d’homme dont la rage de vaincre et de survivre a totalement bouleversé la santé mentale au point d’en faire cette bombe à retardement. En un mot, Lou, qui décide sur un coup de tête que filmer les cadavres agonisants des victimes d’accidents et de meurtres peut susciter une source non négligeable de profit, fait peur dès les premières secondes du film.

C’est dire alors que la rencontre entre ce chasseur de rêve américain à tout prix au détriment du respect des autres et la responsable de rédaction du journal du matin d’une chaîne de télévision, accroc aux images violentes va faire mal. Dès lors, comme un drogué au spectaculaire et aux dollars, Lou rabat des œillères de la taille d’un stade du Super Bowl pour n’avoir en ligne de mire que cadavres, tôles froissées, corps démembrés et décès en direct.

Et tel un chorégraphe, cherchant le meilleur angle, la meilleure attaque, la meilleure lumière, il devient vite un véritable stakhanoviste des news hardcore, à l’affut de plus de violence, génératrice de plus d’argent pour lui et de plus d’audimat pour sa chaîne de télévision. Une spirale infernale qui va le pousser, lui et son assistant à des extrêmes délicieusement dérangeants pour les spectateurs que nous sommes. Provoquant parfois un malaise, mais malheureusement trop peu de tension pour arriver à nous visser totalement à notre siège.

Il faut savoir que ce genre de journaux est une vraie institution et une spécificité américaine. Comme si les chaines locales devaient commencer leur journée par un lot d’images qui feraient passer un conflit au Moyen-Orient pour un épisode de Dora L’exploratrice, c’est tsunami des évènements anxiogènes qui sont traités par les rédactions afin de fournir un journal propice à faire flipper le brave citoyen américain dans la banlieue chic et huppée.

Nightcall est un excellent film qui traite parfaitement de ce phénomène bien précis et traite par extension l’épiphénomène de personnes qui aujourd’hui filment l’exclusif via leur smartphone. Il montre bien que le jugement moral de l’acceptable et du regardable est radicalement diffèrent selon les individus. C’est pour ça que l’on a des reporters de guerre qui supportent l’insupportable et d’autres qui tournent de l’oeil à la moindre goutte de sang. Pas de jugement ici, juste un état de fait.

Car il fait partie de ces films qui écornent le sempiternel rêve américain. Cette escalade du bas de l’échelle à son sommet quitte à ce que chaque échelon ne soit maculé du sang de victimes s’il représente une somme conséquente de dollars. Le seul reproche à lui faire est un certain manque de rythme, un montage parfois trop mécanique et systématique et une fin qui, à mon avis, aurait mérité un tout autre dénouement. Mais on retrouve avec plaisir un ambiance qui frôle les 80’s avec deux acteurs qu’il est agréable de revoir même s’ils n’ont qu’un rôle assez limité par rapport à Lou, Rene Russo et Bill Paxton.

Certain y verront un véritable claque qui leur filera des sueurs froides, j’y vois un excellent film qui manque un peu de punch et qui aurait du creuser son propos un peu plus et travailler quelques éléments pour se hisser à la hauteur d’un Drive ou d’un Michael Mann dont on sent dans superbe lumière comme dans le cadrage nocturne d’un Los Angeles urbain et violent, la bienveillante influence.

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