Millenium – James Bond en un poil plus subtil

Genre : Policier, Thriller Durée : 2h38  Note :  17/20

Réalisé par :  David Fincher  Avec : Daniel Craig, Rooney Mara, Christopher Plummer

Mikael Blomkvist, journaliste au Millennium en pleine crise judiciaire avec un financier qui l’accuse de diffamation se voit offrir une enquête sur un plateau par l’un des plus puissants hommes d’affaires de la Suède, Henrik Vanger. Celui le charge d’enquêter sur la disparition de sa nièce Harriet des années auparavant. Dans cette traque à la vérité, la route de Blomkvist va croiser celle de la fragile mais talentueuse enquêtrice et hackeuse professionnelle, Lysbeth Salander. Ensemble, ils vont plonger au cœur de troubles relations familiales, de manipulations financières qui lient étrangement la disparition d’Harriet à une série de meurtres sordides.

Millenium a connu son heure de gloire il y a quelques années quand la trilogie du regretté Stieg Larsson est apparue sur les rayonnages des bonnes libraires puis de celles qui voulaient faire gonfler leur chiffre d’affaire. Puis sont venus la série de films qui ont connu, eux aussi, un certain succès du sans doute à la fidélité d’adaptation. Je dit sans doute parce que c’est vierge de toute influence de Millenium que je suis allé voir ce film. Vierge même de l’histoire elle même. C’est dire si c’est avec objectivité que je peux juger ce film de David Fincher même si certains pourront trouver qu’il souffre  certainement de la comparaison avec les romans, j’en suis absolument certain.

Cette histoire étrange de meurtres infects à l’ambiance pesante, oppressante, étouffante même happe le spectateur dans une enquête policière au montage fluide et épuré qui laisse apparaitre à l’écran une relation particulière entre deux personnages particulièrement bien écrite.  Plongés au cœur d’un Suède insulaire photogénique à souhait, leur relation se tisse et s’attache à mesure que l’enquête avance et la complexité et la souffrance de la vie de Lysbeth Salander se fond doucement avec la pugnacité et la violence d’un Michael Blombkvist lui aussi à la fois fragile et brutal.

S’ouvrant par des « crédits » étranges, oppressants et hypnotiques sur une musique de Trent Reznor (Nine Inch Nails) et de Kren O (Yeah Yeah Yeah’s), le film met le spectateur toute de suite dans l’ambiance glaciale qui planera sur tout le film. Lumières crues, désaturées, ciels chargés, personnages burinés et malsains. On retrouve un peu dans ce film ce qui avait fait la particularité de Se7en à cela près que si le film avec Brad Pitt, Kevin Spacey et Morgan Freeman versait dans les sépias crasseux d’un vieux manuscrit, ce Millenium plonge dans les blancs et les gris frigorifiés  d’un voile lourd de mystères qui enveloppe le passé torturé de la famille Vanger que le film de charge de déchirer pour dévoiler la vérité.

Cette capacité qu’a David Fincher à faire travailler l’étalonnage et la lumière de ses films avec une finesse et une justesse propices à accompagner son récit. Le film sur ce point est absolument magnifique et procure comme dans Fight Club, The Game, Se7en ou même le décrié Alien3 un plaisir quasi photographique à observer chaque plan de ce très bon film qu’est Millenium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes.

Ce mélange hypnotique de manipulations financières, d’énigmes insolubles, de nazisme primaire, de références religieuses, de journalisme de terrain et de piratage informatique est un mélange que l’on sent délicieusement fertile pour un cinéaste comme David Fincher. Ce dernier, décidément obsédé par les tueurs en série et la marginalité, combine son passé de « clipeur » et son sens de la narration pour livrer un film choc à placer à coté des grands films policiers de l’histoire du cinéma. On retrouve encore une fois dans ses personnages, ces icones étranges à la frontière de la réalité qui font exploser leur insociabilité et leur marginalité à l’écran pour replonger un moment dans le réel dont ils se sont échappés.

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