Men & Chicken – L’homme ou la poule ?

Men & Chicken Poster - N'y allez pas c'est de la merde

Genre : Comédie Durée :  1h44 Note : 13/20

Réalisé par : Anders Thomas Jensen Acteurs :  David Dencik, Mads Mikkelsen, Nicolas Bro, Nicolaj Lie Kaas, Søren Malling

Elias & Gabriel sont deux frères, du moins c’est ce que dit l’état civil, car ils sont en fait radicalement différents. L’un est un scientifique et sociologue à la vie personnelle terriblement marquée par la présence de son frère, son frère, justement, vit d’on ne sait quoi, a des gros problèmes psychologiques. Le jour de la mort de leur père, ils apprennent que ce dernier n’est pas leur géniteur. Que leur vrai père est en fait un certain Évolio Thanatos qui travaille sur un île déserte dans le sud du Danemark. Malgré leur relation conflictuelle, Gabriel et Elias se rendent sur l’île pour se découvrir une fratrie singulière aux comportements sociaux et animaux vivant  totalement en marge de la société.

On choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille. Rien à voir avec Maxime le Forestier ni avec les trottoirs de Manille où l’on apprend à marcher. C’est bien de famille danoise qu’il s’agit dans la nouvelle œuvre de Anders Thomas Jensen, scénariste du récent The Salvation et réalisateur des Bouchers Verts, Adam’s Apple et grand ami de Mads Mikkelsen qui n’hésite pas à se remettre entre ses mains, pour en prendre plein la figure. L’entente des deux hommes transparait d’ailleurs à l’écran tant l’acteur est à l’aise dans son rôle d’inadapté social, masturbateur compulsif, mythomane et violent accompagné par son frère, peut être le plus normal de tous, étincelle d’humanité, catalyseur de vérité dans cette expérience hors du commun.

Car on s’en rend vite compte, Men & Chicken est à la limite du tableau de Bosch, une Nef Des Fous qui traite à la fois de la famille, du déterminisme social  et de la part animale en chacun de nous. Une comédie noire et burlesque, qui comme beaucoup de comédie de ce genre, cache à un double, voire un triple ou quadruple message derrière ses apparences déjantées et ses personnages complètement allumés. Sur la petite île du Docteur Thanatos, nom de famille pour le moins morbide, mais que l’on pourrait facilement remplacer par Moreau, zoophilie, violence, vol, cruauté, saleté, auto centrisme sont le quotidien de la famille que retrouvent Elias et Gabriel.

On joue au badminton comme la génétique joue aux dés
On joue au badminton comme la génétique joue aux dés

Si l’un semble retrouver son clan ou même sa harde, se rapprochant d’eux par le côté irrationnel de son comportement, l’autre analytique, se plaît à découvrir que ses frères fraîchement retrouvés ne sont pas les abrutis complets que l’on pourrait penser, mais sont juste nés et ont été élevés dans une presque autarcie par un fou furieux dont on comprendra vite le manque d’attachement à ses fils qu’il enferme dans des cages au moindre comportement ne rentrant pas dans ses conventions sociales. Un comportement qui semble totalement animalier, mais prend tout son sens au fur et à mesure des révélations du film, mais un comportement, un cheminement de pensée à froid finalement parfois assez logique qui contraste avec les complexes détours de l’esprit ou le formatage de la pensée, tels qu’on peut les retrouver dans les religions, l’actualité ou simplement la vie de tous les jours.

Très vite, on se sent à la fois très éloigné et très proche de cette fratrie dégueulasse, ressentent du dégoût comme de l’attachement pour Gregor obsédé sexuellement par les poules et les filles, de la surprise comme de la peur envers Franz, le frère ultra violent qui soumet  ses détracteurs à coups d’animaux atrocement empaillés ou de marmites en fonte, de l’étonnement comme de familiarité pour Josef, le grand frère à cheveux longs, maître Es Lettre, rat de bibliothèque dévorant livres et fromages fabriqués dans la maison. C’est avec la fin du film qu’éclate au grand jour LA vérité du film amenant l’explication des comportements jugés parfois d’animaux des personnages et de leurs névroses, obsessions et névroses. Une explosion et une exploration de vérité sur notre nature humaine et une réflexion même sur LUCA, notre fameux ancêtre commun.

Un peu de lecture le soir fait les grandes pensées nocturnes
Un peu de lecture le soir fait les grandes pensées nocturnes

Men & Chicken est un film réjouissant et dérangeant et ce n’est que du bonheur. J’aimerai arrêter d’utiliser le terme OVNI aujourd’hui pour désigner un film, car pour moi, il est bien identifié, par sa propre identité. Le traiter d’inclassable aussi, car c’est un peu faire preuve de paresse que de chercher à  faire rentrer un film dans une case un film qui rentre dans plusieurs. Il est difficile et salvateur même de ne pas enfermer Men & Chicken dans un genre.

Il est d’un genre qui n’appartient qu’à lui, il a une identité propre, comme chacun d’entre nous, comme chacun de nos caractères, de nos vécus qui font de nous ce que nous sommes. S’il est si pertinent, c’est qu’il parle de l’espèce humaine dans son ensemble comme de chacune de nos individualités. Nous sommes tous un morceau du musique atypique, un goût singulier, une senteur particulière, une réaction attachante, incompréhensible ou effrayante, nous sommes tous uniques et précieux pour certains comme certains nous sont précieux. Derrière cette fable cruelle, noire, violente, drôle, déjantée et out of the box se cache un film profondément humaniste.

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