Melancholia – Ode à la mort

Genre : Thriller/Bizarre Durée : 2h10   Note :  16/20

Réalisé par : Lars Von Trier Avec :  John Hurt, Kirsten Dunst, Charlotte Gainsbourg

Justine a tout pour être heureuse, un mari aimant, un bon travail, elle est belle, spontanée mais pourtant, rapidement, le jour de son mariage, tout s’effondre et la cérémonie organisée dans la magnifique demeure de sa sœur et du mari de cette dernière prend un tournant inattendu. Peut-être cela a t-il un rapport avec le passage de la planète Melancholia dans la banlieue de la terre.

Critique : Oubliez les idées subversives émises par Lars Von Trier au dernier festival de Cannes. Le réalisateur, dépressif bien connu, livre ici un film catastrophe à l’échelle humaine émotionnellement plus riche et plus fort que la plupart de ses congénères qui achèvent la planète à grands renforts d’effets spéciaux.

Les 5 minutes qui ouvrent Melancholia, qu’elle soient interprétées de quelques manière que ce soit, sont d’une beauté époustouflante. Déstabilisantes, hypnotiques, elles plongent le spectateur dans un monde ralenti aux propriétés physiques anormales, à la frontière de l’esprit, de la réalité, du futur, du temps. Sortes de tableaux de vie qui laissent le spectateur admiratif et interdit.

S’ensuivent 2h de fin du monde, de fin de mondes, filmées dans une vérité empathique alors qu’une planète mystérieuse se rapproche de la terre dans un danse macabre dont on sait bien, prologue oblige, qu’elle finira dans une étreintre fatale à la race humaine.

En se recentrant sur la vie de quelques individus d’une même famille et de leurs réactions face à la fatalité de ce destin tragique, Lars Von Trier humanise cette fin des temps pour en faire un véritable expérience intimiste qui sonne comme un écho en chacun de nous et sur la réaction que nous aurions eu si nous avions été à leur place.

La situation, vue à travers le regard désabusé, dépressif, atone de Kirsten Dunst, sidérante, donne au film une note douce amère et transparait une inutilité de lutter contre un sort inéluctable. Son attitude tranche radicalement avec celle de Charlotte Gainsbourg qui livre une interprétation absolument incroyable d’une femme craintive, dépassée, désespérée essayant de se vainement se raccrocher au vide et au futile face à la fatalité..

Le film rappelle Festen (Thomas Vinterberg) et d’autres films de Lars Von Trier. Le rythme, lent, très lent, la caméra au plus près des acteurs donne plus que jamais la sensation d’être au cœur de l’histoire, favorisant l’immersion émotionnelle du spectateur, chargeant de sens chacun plan, chaque minute et nous faisant réfléchir sur l’importance des priorités matérielles, familiales, financières, éthiques que nous nous fixons dans notre vie. Sur nos relations filiales, les relations homme-femme. le film regorge de symboles et possède tellement de niveaux de lecture qu’il serait las d’en faire un liste exhaustive aujourd’hui car bientôt fleuriront sur internet, nombre d’interprétations propres à ouvrir le débat.

3 avis sur “Melancholia – Ode à la mort

  1. Je suis allé voir ce film.

    Je ne connaissais pas Lars Von Trier. A vrai dire, je me fout généralement de savoir qui réalise quel film, et qui y joue.

    Ce film ne m’a pas laissé indemne. J’ai une phobie (relativement prononcée) de la mort, chose inconnue, vide, froide et infinie qui nous est tous destinée (si seulement j’étais plus spirituel).
    A la chute, brutale, du film, j’étais sous le choc. A la limite d’avoir des nausées, mes mains tremblaient et j’ai pleuré.

    C’est essentiellement la partie 2 sur Claire (Charlotte Gainsbourg) qui m’a conditionné dans ce malaise et m’a tendu les nerfs à bloque. Je pense que j’ai pu m’identifier dans le comportement de ce personnage… les rôles de ce film sont tellement criant de vérité… le genre de film où l’on réapprend ce qu’est être un vrai acteur.

    Je ne regrette pas de l’avoir vu. Au contraire.

    1. Salut Breizhim !

      Je suis content que tu aies apprécié le film. Je crois que tu en a saisi la substantifique moelle, l’essence même de ce que le réal a voulu faire passer. La réaction de chacun face à la mort. Ta réaction a été partagée par de nombreuses personnes dans la salle où j’ai été voir le film. De nombreuses personnes ont finies effondrées, en larmes, sous le choc de cette fin inévitable qui tombe comme un couperet juste avant le générique de fin.

      Vois-tu, je ne suis pas vraiment quelqu’un de spirituel, j’ai pourtant eu le malheur d’avoir été confronté à la mort de proches de façon assez abrupte et régulière et il aurait été facile de se réfugier dans celle-ci. Si Mélancholia, d’une certaine manière m’a aussi frappé au cœur, sans vraiment savoir pourquoi, je me sentais plus proche du personnage de Justine. Je n’ai pas ses parents infects, les miens sont formidables, je n’ai pas son regard désabusé sur la vie et sur les autres (quoique pour certains spécimens de la race humaine…), je ne suis pas dépressif, loin de là, je ne l’ai jamais été, j’essaie de me relever à chaque fois qu’un coup dur me touche et malgré les obstacles qui se dressent devant moi, je m’efforce de les escalader au lieu de les contourner.

      Si je me suis pas reconnu dans la « maladie » de Justine, je me suis reconnu dans ses doutes, son manque de confiance en elle allant de pair avec cette peur viscérale de trop s’attacher pour éviter de trop souffrir à nouveau. Je me suis surtout reconnu dans son détachement mélancolique, cette façon d’apprivoiser un destin à l’échéance tragique vers lequel chacun de nous file, je me suis vu dans cette façon dont Justine ne subit pas son destin mais essaie d’en tirer profit mais aussi d’en tirer de l’énergie et de raisonner les autres. Preuve que derrière des épaules fortes se cachent quelquefois de grandes souffrances…

      Pour moi, ce film est une vraie merveille, magnifique, très fort, très profond, il permet de puiser en soi, même des jours après l’avoir vu, des choses que nous même ignorions. Rares sont les films qui le permettent.

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