Lucy – Fuite de cerveau

Genre : Action, Science fiction, Navet Durée :  1h30  Note : 04/20

Réalisé par : Luc Besson Acteurs : Scarlett Johansson, Morgan Freeman, Min Sik Choi

Une jeune femme faisant ses études à Taipei se voit embrigadée par son petit ami dans une affaire louche de trafic de drogue. Contrainte et forcée, elle servira de mule à une nouvelle drogue se synthèse. Mais, capturée par la concurrence, elle est blessée au ventre et la drogue contenue dans le sachet commence lentement à s’écouler dans son organisme. Lucy, se découvre très vite de nouveaux pouvoirs. Effets irréversibles de la drogue qui ne fait maintenant qu’une avec son corps.

Autant commencer par le commencement. En allant voir Lucy, j’ai essayé d’être bon public, je me suis dit « Ne comporte pas comme d’habitude, ne soit pas le gros connard insatisfait qui chie invariablement sur Besson et condamne le film avant même de l’avoir vu » et surtout, je me suis affranchi de toute véracité scientifique. Comme pour Limitless, j’ai oublié cette fable selon laquelle on n’utilise que 10% des capacités de son cerveau. Affirmation navrante sur laquelle s’appuient avec talent, nombre de films et ouvrages de science-fiction (Fondation, Limitless, Le cycle des robots, le personnage de Deathstroke des Teen Titans, Inception, L’apprenti Sorcier, X-men etc. etc. on pourrait à la limite y voir du Transcedance…) et qui sert de base à Lucy, dernier film de Luc Besson. Au lieu de me provoquer un ulcère en ruminant mes connaissances scientifiques, j’ai préféré exploser de rire en écoutant le speech ridicule et très sérieux d’un Scientifique Morgan Freeman, toujours prompt à servir de « personnage pour ceux qui ne pigent rien au film parce que le réal est pas foutu de rendre ses propos clairs (ou parce qu’il prend ses spectateurs pour des abrutis finis) » et qui sert de fil rouge à tout le début du récit comme pour guider dans ce début de voyage spirituel, les pauvres impies décérébrées que nous sommes, peu versées dans ce monde si peu familier de la science humaine et biologique qu’il est si dur de comprendre.

Plus visionnaire qu’un Darwin, le voilà qui nous balance comme ça l’air de rien tout un tas de conneries parmi lesquelles, que les dauphins sont tellement intelligents (mignons et photogéniques au passage) qu’ils utilisent 20% de leurs capacités cérébrales et que de fait, leur génial ciboulot est responsable de  leur capacité à faire de l’écholocalisation sans nous expliquer pourquoi ils n’ont pas inventé un moyen d’aller dans l’espace comme dans H2G2 excluant les autres animaux doués de cette capacité comme les chauves-souris, certains lémuriens, orques et oiseaux ‘ultra moins photogéniques et mignons tout plein).

En regardant le film, on se demande très rapidement quelles cautions scientifiques Besson a bien pu consulter pour nous déverser un flot pareil de conneries. Soit le médecin de famille grabataire soit un gars qui fait ses vaccins à Rael. C’est pas possible autrement, le film regorge tellement de débilités et de raccourcis, qu’il est tout simplement impossible de prendre au sérieux cet énorme navet que de nombreux journalistes disent s’inspirer des Terrence Malick ou de Stanley Kubrick. Bref, revenons aux dauphins. Dès le début on a envie de se casser de la salle en disant « So Long and thanx for all the fish et j’ai de la lessive à faire à la maison, c’est pas tout ça ». Mais l’art est difficile et la critique pas si aisée que ça.

La corde sensible est touchée avec des références pareilles. On n’associe pas impunément le talent de deux des plus grands réalisateurs et storytellers de l’histoire du cinéma. Deux vrais créatifs qui savent tirer le fil d’une assertion scientifique pour en tisser une véritable pensée mystique sans pour autant que cette dernière soit ancrée dans un prosélytisme douteux aux références très, vraiment très lourdement appuyées. Chris Nolan semble d’ailleurs en prendre le chemin.

Lucy, célébrité de la paléoanthropologie, féminin de Luc et maintenant long-métrage de Besson est certainement le film le plus incroyablement bordélique, le plus formidablement brouillon, le plus  atrocement bâclé, le plus phénoménalement recyclé et multiréférentiel mais aussi le plus risible que Besson n’ai jamais tourné de ses propres mains. D’un budget certainement conséquent, il fait de Lucy un film effroyablement vide de tout. D’humanité, d’univers comme d’intelligence, dénué d’écriture, de sens et de réflexion. Le montage épileptique, qui ne survolte le film que pour masquer ses innombrables manques et lui donner un aspect stylé trop swag, yolo ou je ne sais pas quelle connerie, parachève comme une merde sur l’émail blanchâtre, la naïveté totale du film. Au lieu de développer son histoire, Besson la condense en 1h30 qu’il veut spectaculaires et inspirées, mais qui ne sprintent pas beaucoup plus loin qu’un cul de jatte dans des sables mouvants.

Lucy est un veau lancé à 200 km/h, un film lourd, idiot, pataud, un film creux, chiant comme un rouleau de PQ qui manque dans un restau de la campagne turque après avoir bouffé un Kefta pas frais, une purge totale, un véritable Imodium® sur grand écran, sans inspiration aucune, sans génie créatif sans parti pris aucun sinon celui de piocher dans nombres de films qui l’ont précédé. Des références mille fois éculées pour les ressortir telles qu’elles, à peine digérées.

Je reste toujours étonné de la part d’un homme qui a su nous donner des films sensibles, très beaux et très épurés visuellement de voir un résultat aussi désastreux, aussi pauvre visuellement, aussi copié-collé sur ses éminents collègues. Sans doute persiste au fond de moi un espoir à jamais enfoui de voir un jour ressurgir le Luc Besson de mon enfance mais je crois ce type capable d’écrire quelque chose d’autrement plus profond que des menus macdo qu’il scribouille et produit les uns après les autres en s’asseyant de son  gros cul sur sa conscience artistique.

Ce qui fascine rapidement avec Lucy, c’est cet aspect, vieux, poussiéreux, dépassé, déjà daté, profondément marqué dans son époque : les années 90. Pour un réalisateur qui voulait réaliser  un film intemporel qui marquera l’histoire du cinéma à jamais, c’est plutôt raté. Dès sa vision, le film renvoie à tellement d’autres œuvres (incluant celles du réalisateur lui-même) qu’il  possède ce parfum pas frais de film réchauffé trop fort et cherchant à se calibrer à mort pour plaire à son public.

Lucy ne nous épargne rien et phagocyte tout ce qui marche entre les USA, La Corée, le Japon et La France pour en faire une pâte à modeler informe : du Nikita avec un couteau dans la cuisse, de la Lelloo du 5e élément avec son apprentissage accéléré, du Baiser Mortel Du Dragon avec ses combattants de karaté figés par une force invisible, du Taxi avec ses poursuites en bagnole, ses cascades en pagaille et ses flics neuneus qui ne réagissent pas une seconde quand 10 bagnoles de Chinois armés jusqu’aux dents font le pied de grue devant un hôpital.

 Le film nous fourgue sans vergogne un gros méchant très Gary Oldman dans Léon ou Thecky Karyo dans le Baiser Mortel, qui se lave les mains façon Ponce Pilate avant d’exécuter celle qui deviendra une sorte de Christ au féminin.

La joie est à son comble quand on y croise  des références plan pour plan à L’Incal (Jodo et Moebius), Tetsuo, le film organico-mécanique cyberpunk de Shinya Tsukamoto et Akira dans un final téléphoné psychokinèsique qui rappelle terriblement la renaissance et la mort de Tetsuo, celui d’Akira, les hurlements en moins.

Cerise sur le gateau, des scènes répétées qui recyclent du Tree Of Life et du 2001 et finalement, un personnage principal qui apporte une conclusion diamétralement opposée à celle de Leeloo tout en étant finalement, exactement la même et le tout dans un formidable et indescriptible bordel indigeste sans queue ni tête, complètement hallucinant et surréaliste. Un véritable tout de force !

Tout ça pour retrouver ce qui fait la touche Besson. Une femme sublime qui s’en sort et dévoile sa force pour, en quelques sortes, revenir à la vie en se sauvant elle-même. C’est un peu le canevas du gros bourrin en Audi qui ravage la gueule de gros méchants turcs, russes, ukrainiens en berline parce qu’ils ont enlevé sa femme, fille, sœur, copine, caniche ou encore l’histoire du connard à grande gueule en Taxi qui lutte contre des méchants tout en niquant la société et la police.

Si le côté déshumanisé du personnage qui perd totalement pied face à un pouvoir qui le dépasse est une bonne idée, le film aurait pu le porter beaucoup plus loin. Au lieu de ça, le personnage se trouve des excuses pour agir comme une merde, justifie ses actes, refuse la mégalomanie qui l’enveloppe, utilise son pouvoir pour le bien alors que quelques heures auparavant, c’était une petite pétasse conne comme ses sandales qui se faisait sauter par un gros touriste australien mou du bulbe. Ce choix plombe totalement le propos de l’homme perdant le contrôle de soi, s’abandonnant au pouvoir et le reste est tellement appuyé de clichés, de poncifs, de scènes incompréhensibles et phrases bateau que c’est à en pleurer de rire.

Lucy ne provoque rien, pas la moindre émotion, pas la moindre compassion, pas la moindre réflexion sur le monde qui nous entoure. L’histoire est tellement centrée sur le personnage principal et l’évolution de celui-ci est tellement bâclée que Luc Besson en oublié les interactions avec les autres personnages qui, il faut être honnête, ne servent absolument à rien. Leurs relations inexistantes, totalement torchées. Empêchent toute empathie, toute projection du spectateur. Tout attachement au destin des protagonistes. Après avoir vu Under The Skin, il est triste de voir Scarlett Johansson dans un tel ratage.

Jamais le film ne trouve l’énergie de son ambition que l’on imagine démesurée. Au travers de Lucy, ça crève les yeux, Luc Besson veut divertir en s’y prenant comme un sagouin en fourrant ses œuvres de mille références bankables qui explosent le box-office et franchement, tant mieux pour lui, sincèrement ! Mais au fond, il aspire a être enfin reconnu comme un auteur, comme un grand, comme un immense réalisateur. Dont le côté visionnaire transpire dans chaque minute de ses œuvres, dont la fibre créative illumine chaque parcelle quantique des histoires qu’il raconte. Si la démarche est légitime en tant qu’auteur et réalisateur, Besson, à moins d’opérer immédiatement un virage total dans sa carrière, ne sera Jamais Malick, ne sera jamais Kubrick.

De par ses scénarios de merde, de par son envie de calibrer ses propres films et les prods qu’il écrit, il s’est inscrit à jamais comme un immense entertainer qui sait flairer, avec grande intelligence, le concept qui marche, mais sans jamais y mettre jamais les formes il transforme tout ce qu’il approche créativement en un putain de navet complètement à la masse dont les scénarios atteignent péniblement le degré de fascination que nous avions enfant, pour le sermon du prêtre à la messe de Noël en pensant à nos cadeaux sous le sapin.

Chaque scène est exactement là où on l’attend, sans surprise, sans inspiration et l’on se marre incrédules, pendant presque tout le film devant la nullité totale des dialogues d’un manque de profondeur et d’inspiration tel qu’ils lorgneraient presque du côté de la sitcom des années 90. Ils n’auraient pas fait tâche dans McGyver ou Code Quantum par exemple.

Devant cette grande leçon de vie et d’espoir nous enjoignant à faire quelque chose de nos vies pour changer le monde, on s’esclaffe rapidement à chaudes larmes happé par le côté prévisible, l’immense caricature et la médiocrité totale de ce truc qui se barre dans tous les sens et se prend foutrement au sérieux à vouloir nous donner des leçons.  Et quand le générique défile enfin, on se dit que franchement, condensé en 30 secondes pour une pub pour du Guronzan, ça aurait été vachement cool. A ce titre, Le Dernier Combat, Subway ou Le Grand Bleu en faisaient beaucoup plus pour dix fois moins de figures de style dignes de la finesse d’une rédac de gamin de 6e. Lequel, je le conçoit, manquant cruellement de recul comme de culture, trouvera certainement, comme le bulot atrophié du bulbe fan de Taxi 3, que Lucy est une vraie merveille du 7e art.

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