Looper – L’armée des 12 Terminators

Genre : Science-Fiction, Drame, Policier, Aventure Durée : 1h50 Note : 16/20

Réalisé par :  Rian Johnson  Acteurs : Bruce Willis, Joseph Gordin-Levitt, Emily Blunt, Paul Dano, Jeff Daniels

 

 

Dans un futur éloigné, le voyage dans le temps a été inventé, mais il n’est pas utilisé pour le bien de l’humanité. Bien au contraire. Face à la difficulté de faire disparaitre un corps dans le futur, il a été récupéré par la mafia pour expédier ses victimes et témoins gênants dans le passé dans lequel les Loopers, une certaine profession exercée par certains humains sélectionnés se charge de les éliminer contre somme d’argent. Une machine bien huilée qui se grippe le jour où l’un de ses Loopers, Joe, doit exécuter son futur lui, renvoyé dans le passé.

Dans le cinéma de science-fiction, si l’on veut résumer au risque d’être un poil réducteur, Il y a la SF bourrin, bourrée d’effets spéciaux vomis jusqu’à la nausée, provoquant quelquefois d’épileptiques soubresauts chez le spectateur vissé dans son siège, mais qui bien souvent déclenche simplement un bâillement d’ennui distrait et las devant la répétitivité et le manque d’originalité déployé à l’écran tant dans l’inutile surenchère des effets spéciaux que dans les efforts déployés pour priver le film d’un scénario digne de ce nom. On peut citer dans cette catégorie, Battle Los Angeles, Skyline, ID4, Lock Out et tant d’autres.

Il y a ensuite la SF plus finaude, plutôt réussie, avec une bonne idée derrière. Dans cette catégorie, on peut citer, Soleil Vert, THX, Moon, Solarya, Blade Runner et tant d’autres aussi. Des films qui font un poil réfléchir, qui parlent un peu à l’intelligence du spectateur qui ne vient pas au cinéma que pour débrancher son cerveau. Loin d’être réservés à une pseudo intelligentsia du cinéma, ces films provoquent simplement autre chose. Une réflexion à postériori et surtout une délectable projection réaliste de notre société contemporaine dans un futur d’anticipation plausible et réaliste. Certains partent d’une très bonne idée, mais sont malheureusement ratés dans leur réalisation (Time Out ou Repo Men) d’autres sont franchement réussis comme ici, Looper.

Très bon petit film SF d’anticipation, Looper part d’une idée qui peux paraitre éculée de prime abord, mais qui permet à Rian Johnson de bâtir avec patience une histoire intelligente qui emprunte pas mal de son intrigue à nombre d’excellents films. Ainsi, l’Armée des 12 Singes, le sublime film de Terry Gilliam, côtoie un peu de Termlinator, y ajoute une ambiance façon film hollywoodien des années 40,  des  références littéraires à Dick ou aux mangas Akira et Domû de Katsuhiro Otomo et même des clins d’œil à des grands classiques comme Casablanca qui partage le nom de son bar avec celui dans lequel se rend le héros.. Excusez du peu, le résultat est homogène, terriblement bien construit et amène le film à son dénouement pour provoquer un twist final à la fois surprenant et logique.

Malgré ces références marquées qui transparaissent tout le long-métrage, jusqu’à forcer malheureusement quelquefois la comparaison, Looper sait trouver son identité et le démarque grandement de la production mainstream que l’on a l’habitude de recevoir de la part d’Hollywood. Johnson a su instiller dans son film, un charme rétrofuturiste qui dans les véhicules, qui dans les fusils, qui dans la technologie, qui dans les décors, qui dans la musique, confère à Looper une ambiance singulière et surtout une identité propre, chose rare dans un film de SF aujourd’hui. Un véritable cas d’école de l’anticipation futuriste.

Mais c’st lorsque l’on fouille plus loin que son Pitch de départ que Looper prend une dimension supplémentaire et navigue à plusieurs niveaux. Au-delà d’une chasse à l’homme, c’est toute la question du destin, de la possibilité de son futur qui est posée. Si c’est un peu le minimum syndical dans les films sur le paradoxe temporel, Looper sait exploser les conventions du cinéma de genre et sa gentille morale lorsqu’il brosse un futur planétaire où les grandes puissances d’aujourd’hui, dans un déterminisme glacial, sont les pays du tiers-monde de demain. Futur dans lequel les personnages aussi noirs les uns que les autres, l’un délateur, l’autre lâche, l’autre tueur d’enfants… Aucun ne brille pour rattraper l’image de la race humaine. Et même lorsque ce dernier, 10 ans et toutes ses dents, toutes bouclettes blondes dehors parait être le dernier îlot d’innocence dans ce monde en ruine totale, on lui découvre un destin terrifiant. C’est cet enchevêtrement de différents destins, cette possibilité (ou non) de changer le futur, cette quête de bonheur impossible qui fait de Looper un film d’une richesse assez vertigineuse.

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