LINCOLN – Daniel-Day Lincoln

Genre : Biopic, Historique Durée : 2h29 Note : 15/20

Réalisé par :  Steven Spielberg  Acteurs : Daniel Day-Lewis, Sally Field, David Strathairn, Joseph Gordon-Levitt, James Spader, Tommy-lee Jones, John Hawkes, Bruce McGill, David Costabille…

Il ne le sait pas encore, mais Lincoln vit ses derniers mois de mandat et de vie. En 1865, les États-Unis sont déchirés par une guerre fratricide. La guerre de Sécession fait rage. Voulant à tout prix régler le conflit sans tarder alors qu’il rentre dans la 4e année, Lincoln entreprends tout ce qui est en son pouvoir pour unifier la nation et abolir l’esclavage auquel les états du sud tiennent plus que tout.

Avec Spielberg on aura tout vu, tout connu. Du drame de la guerre au film pour enfants, des aventures légères d’Indiana Jones aux dinosaures déchainés en passant un requin tueur, des extra-terrestres mignons ou plus énigmatiques; on compte certains ratages, mais quand même beaucoup de réussite dans l’éclectisme du réalisateur. Il est en tout cas, dans le cœur de beaucoup d’Américains, l’un des directors les plus cultes et les plus adulés.

Qui mieux que ce fondateur du nouvel Hollywood,  ce conteur hors pair, pouvait alors réaliser un biopic sur l’un des plus grands fondateurs politiques de l’histoire américaine ? Personne au vu de ce monument qu’est Lincoln. Pas monument tant en soi en terme d’originalité ou de parti-pris, mais plutôt monument, encore une fois, dans la qualité de la reconstitution, la finesse de la narration, la subtilité des arcs narratifs annexes, le manque, heureusement, de patriotisme aigu et de position ferme sur l’esclavage. À l’instar de la Liste de Schindler, du Soldat Ryan, de Munich ou de L’empire du Soleil. Spielberg a su être témoin et non juge.

Des 10 ans de gestation dont est né Lincoln, il ressort alors non pas un film sur l’homme lui-même, mais une pure leçon d’histoire qui changea pour ainsi dire toute l’histoire des États-Unis d’Amérique. Spielberg réussit l’exploit de nous passionner  en ne se concentrant que sur ces quelques mois de 1865 qui ont vu Lincoln abolir l’esclavage, modifier la constitution, mettre fin à la guerre civile et malheureusement se faire assassiner par John Wilkes Booth.  Mieux il nous donne envie à nous, Européens peu au fait des détails précis de l’histoire américaine et de ses grands hommes, de nous plonger dans les livres la concernant.

Grâce à une narration souple et enjouée, des interprétations sidérantes dont il serait honteux de vouloir en faire ici une liste exhaustive, mais quand bien même. Lincoln apparait ici humain, sensible, face à ses doutes, loin du roc sur lequel s’appuyait la nation. Tommy Lee Jones est extraordinaire en Thaddeus Stevens primesautier et dur à la fois, magnifique de justesse et de sobriété.  Joseph Gordon-Levitt simplement efficace dans le rôle du fils incompris. Méconnaissable également James Spader en avocat journaliste exerçant son influence sur les membres du congrès. Touchants et enflammant l’écran, Sally Field et David Stathairn font exploser les personnages pourtant secondaires de Mary Lincoln et de William Seward. Et que dire des seconds rôles, des gueules que l’on a croisées au moins une fois sans se rappeler de leurs noms ? John Hawkes, Bruce McGill, David Costabile… Le casting est enchanteur et l’interprétation à la hauteur…

La magie opère quand cette incroyable leçon d’interprétation se met totalement au service du film et permet à Steven Spielberg de ne pas canoniser Lincoln et d’en faire l’humain exceptionnel au cœur d’un exceptionnel déchirement qui permit de fonder une nation à part. Pas de sentimentalisme mal placé, pas de violons ni de crises de larmes, juste des discussions passionnantes et de grands personnages historiques, des enjeux réalistes menés à bout de bras par de vrais hommes aux valeurs novatrices pour l’époque.

On en vient alors à réaliser que l’histoire, le chemin d’une nation tiennent à peu de choses, à ces quelques moments où les hommes se déchirent individuellement pour mieux être obligés de s’entendre à l’échelle d’un pays. À l’image de ces temps que prends Lincoln dans le film pour partager une anecdote, comme une respiration salvatrice, nous ne sommes plus dans la politique nous sommes dans l’histoire.

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