Les Visiteurs, la Révolution – Croute et Croûlants

Critique Les Visiteurs La révolution Poster - N'y allez pas c'est da la merde

Genre : Comédie Durée : 1h50 Note : 03/20

Réalisé par : Jean-Marie Poiré Acteurs :   Jean Reno, Christian Clavier, Franck Dubosc, Ary Abittan, Alex Lutz, Franck Dubosc, Pacal N’Zonzi, Karin Viard

Perdus dans les couloirs du temps, Godefroy « le Hardi » de Montmirail et Jacquouille La Fripouille sont bien démunis quand, arrêtés en pleine Terreur, ils se retrouvent à faire la tampon entre aristocrates et révolutionnaires et au milieu de leurs descendants aussi incrédules que collaborateurs.

À peine était évoquée l’idée d’un Visiteurs 3, enfin 4, que déjà, la bande à Arthur s’enflammait et que le pire du panier de crabes des stand-up comedians français et autres acteurs bankables du moment se bousculaient au portillon pour faire partie de l’aventure. Écrite en duo par Christian Clavier et Jean-Marie Poiré, cette suite possède la patte inimitable de son illustre réalisateur dont celui-ci ne se départit plus depuis des années.

Un sens de l’exagération dans les angles de caméra façon fish-eye cinémascope, un montage affreusement haché, un rythme effréné du dialogue au point où l’on ne comprend que 8 répliques sur 10, du gras et du caca… ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit mais si j’aime le Jean-Marie Poiré du Père Noël, plus posé, de Papy fin et intelligent, de Twist Again, mes meilleurs copains ou même de l’Opération Corned Beef et des Visiteurs, le premier du nom, où il commençait à avoir ses petits travers de réalisation, il s’est depuis tellement enfermé là-dedans depuis Les Anges Gardiens, proche du mauvais cartoon, que ses films en deviennent aussi répétitifs qu’indigestes.

Critique Les Visiteurs La révolution 02- N'y allez pas c'est da la merde
Nous avons touché le fond Gonzague. Creusez encore Godefroy !

Encore une fois, je ne dis pas que le scénario des Visiteurs, la Révolution, est plombé par la réalisation de Poiré. C’est une sorte de communion spirituelle dans laquelle celui-ci joue un rôle formidable : celui d’être une interminable suite de mini sketches pas drôles, bis repetita des gags des premiers opus au milieu duquel on essaie vainement de placer un message de lutte des classes, leçons de racisme parachutant un Jacquouille qui hurle sans discontinuer des Caca, Prout, jour, nuit, chier et un Godefroy toujours pisse-froid, monolithique chevalier qui ne sert à rien. Relecture intemporelle de son personnage vu par poiré depuis l’opération Corned Beef.

Un recyclage sans faire de tri sélectif donne l’impression d’avoir jeté le meilleur des derniers épisodes sur papier tout en brodant une vague intrigue servant de fil si peu conducteur qu’il en oublie de faire jaillir les étincelles de génie du premier opus.

Au milieu de notre duo de comiques temporels, on trouve la fine fleur de la comédie française sus nommée au début de cette critique et qui n’en finit pas se ridiculiser. Surjouant jusqu’à l’hallali des personnages écrits avec les pieds et dirigés sans main de maître, Ary Abittan, Alex Lutz, Franck Dubosc, Pacal N’Zonzi, Karin Viard peinent à donner vie, empathie, drôlerie et crédibilité à leurs personnages. Pire, de leurs répliques à leur jeu oral ou corporel, on ne sent rien sinon un immense malaise, une nausée qui nous prend et ne nous lâche plus et ne nous fait même pas lâcher un sourire devant le ridicule de la situation. Seuls les costumes et peut-être le carde historique permettent de croire que l’on est pas sur un plateau de tournage.

Critique Les Visiteurs La révolution 03 - N'y allez pas c'est da la merde
Non mais sinon, les costumes sont beaux hein…

D’aucuns diront que c’était prévu, le refus de présenter le film à la presse laissait augurer qu’il fallait s’attendre à assister sur grand écran à l’agonie totale d’un monument de la comédie comme Les Visiteurs. Mais de là à nous offrir un film aussi décousu, peu inspiré, beaucoup trop long, avec un sens du gag si mal amené et une volonté inepte de forcer le rire de situation et surtout de se répéter sans cesse en cherchant à réanimer cette magie originelle, c’est au fond assez triste.

La comédie en France aujourd’hui ne possède plus la flamme qui l’a inspirée dans les années 80/90 parce que simplement, nous ne sommes plus à la même époque. On pouvait espérer que Les Visiteurs, la Révolution, nous sortirait de ce marasme bien pensant et casse-couille de comédies aux bons sentiments cul-cul la praline qui survole des sujets de société comme on les aime tant au quotidien en France.

Critique Les Visiteurs La révolution 01 - N'y allez pas c'est da la merde
On s’en fait un petit quatrième ? Ou cinquième ? Je sais plus quoi. On fait une suite ?

Loin des Dupontel et des Quentin Dupieux, à des années lumière du cynisme et de l’humour noir des Bronzés, du Père Noël ou de la douce folie de La Cité de La Peur et d’OSS 117, de Rabbi Jacob, Tatie Danielle, de La Classe Américaine, un Air de Famille ou La Vie est un Long fleuve Tranquille et j’oublie moult de nos grands classiques, la comédie française depuis quelques années a perdu de sa verve, de sa rage. Entre Dubosc qui se rêve en nouveau Pierre Richard et d’autres comédiens  de scène ou de série TV qui trustent les affiches,  elle joue sur la facilité, nous fait chier avec des gags lisses et des sujets pseudo provoc mettant en scène la touche Canal +, la jeune (dé)génération, le vivre ensemble, mais pas trop près, une touche non- irrévérencieuse en plus d’un sujet qui fait un peu pleurer dans les chaumières au hasard, le racisme, l’homophobie, les familles recomposées, le clivage homme femme, Province Paris, mais sans jamais aller toucher là où ça fait vraiment mal, là où le vrai malheur et la souffrance se niche, celui qui fait honte quand on rigole mais qui est désamorcé par la folie des personnages.

2 avis sur “Les Visiteurs, la Révolution – Croute et Croûlants

  1. Tombé par hasard sur vos chroniques (recherche sur Florence Foster Jenkins). Lu deux ou trois. J’aime le style, les argumentations, l’équilibre de la critique et me sens en phase avec ce qui ressort des critiques. Merci.

    1. Bonsoir Christian, merci beaucoup pour ces compliments qui me vont droit au cœur ! N’hésitez pas à venir faire un tour sur la Facebook si le coeur vous en dit ! Belle soirée à vous.

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