Le Transperceneige – Oubliez le réchauffé

Genre : Science-Fiction  Durée : 2h05 Note : 14/20

Réalisé par : Bong Joon Ho Acteurs : Chris Evans, Song Kang-ho, Tilda Swinton, Jamie Bell, Octavia Spencer, John Hurt , Ed Harris

Après une catastrophe planétaire ayant conduit à une ère glaciaire globale, les quelques survivants s’entassent dans le Transperceneige, un train qui fend les étendues glacées de continents enneigés  et divisés en plusieurs catégories. À l’arrière, la lie de l’humanité, les déchets de troisième classe. À l’avant, l’élite, les riches et puissants. Un jour, à bout, un homme va tenter l’impossible : Remonter le train jusqu’à la locomotive et prendre le contrôle du Transperceneige.

 À l’origine BD en noir et blanc de Jean-Marc Rochette, scénarisée initialement par Jacques Lob en 1975-76 et pré-publiée en 82 dans le défunt magazine (À suivre) puis chez Casterman en 1984 propriétaire du magazine en question, cette histoire de SF post-apocalyptique a connu bien des déboires et des malheurs avant de voir le jour (je vous invite à faire quelques recherches). Néanmoins, son scénario solide et sans concession. Son univers d’anticipation violente et brutale avait déjà tout pour séduire le cinéma.

Peu de films aujourd’hui savent s’affranchir d’une débauche d’effets spéciaux shootés à une 3D inutile comme pour servir de palliatif éhonté à une scénario aussi bien ficelé qu’un vieux short de bain crasseux autour de la taille d’un vieux supporter grabataire et abruti à coup de bière coupé au pastis nature, assis sur le vieux port, hurlant des insultes à L’olympique de Marseille pas foutu de gagner face aux trépidations aériennes d’un Zlatan Poulauzeudorovich.

Peu de films savent encore se servir d’un décor lourd et changeant, poisseux et violent, intrigant et familier et non se contenter d’un fond vert aseptisé. Peu de films laissent la musique un ton en-dessous pour ne pas nous pulvériser les oreilles, donnent une certaine épaisseur aux acteurs (Chris Evans, Song Kang-ho, Tilda Swinton, Jamie Bell, Octavia Spencer, John Hurt et Ed Harris… quand même !) même lorsqu’il s’agit du désastreux Chris Evans pourtant coupable d’être l’atroce Captain America ou la Torche Humaine des 4 fantastiques qu’on a surtout envie de coller au bucher.

Peu de films enfin, savent jouer sur les subtilités de leur scénario pour en sortir un film intelligent, profondément noir, multiréférentiel, qui distille lentement ses messages de mondialisation, de lutte des classes, d’eugénisme ou de dépendance à la technologie, sans tomber dans les violons assourdissants de la leçon de morale à la con. Bong Joon Ho pour sa première réalisation en superproduction tape fort et a réussi à rester le plus coréen possible dans son esthétique et dans sa narration face à des studios qui devaient vouloir formater le film à leur sauce.

Bon, à noter quand même que la version américaine a été expurgée de 20 minutes, enlevant tout ce qui était inutile à leurs yeux, à savoir, la psyché des personnages. Quand on sait que l’une des principales qualités de la version européenne, on est en droit de ne définitivement plus douter des principales motivations des studios. Passons…

Divertissant, introspectif, parfois très beau graphiquement et très bourré de bonnes idées, lorgnant sur certains Mangas comme sur Métal Hurlant, le Transperceneige nous balance en pleine tronche un univers très riche et met KO les « After earth », « World War Z » ou « Elysium » qui pétaient, en regard, bien plus haut que leur cul (très bas).

Il fait ce que fait tout bon film de science-fiction. Une étude viscérale de l’âme humaine et de ses dérives, une prospective du comportement humain poussé dans ses retranchements. Préfère les combats magnifiquement chorégraphiés au spectaculaire exagérés. Il ancre surtout une part de crédibilité dans son univers pour que celui-ci puisse mieux nous happer. Le propre d’une histoire réussie SF d’anticipation réussie, c’est qu’elle arrive à rester contemporaine même si elle a été écrite des années en arrière.

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