Le Petit Prince – Passe moi le mouton à la broyeuse

Le Petit Prince- N'y allez pas c'est de la merde

Genre : Animation  Durée :  1h45 Note : 04/20

Réalisé par : Mark Osborne Acteurs :  Florence Foresti, Clara Pointcarre, André Dussolier

Une petite fille et sa maman s’installent dans une banlieue chic pour être au plus près d’un collège d’exception. Obnubilée par la réussite de sa fille, cette mère n’ayant d’yeux que pour son travail laisse à celle-ci un programme de révision militaire pour la préparer à sa rentrée des classes. C’est sans compter sur leur voisin excentrique, un vieil aviateur, avec qui elle va se lier d’amitié et qui va lui faire découvrir l’histoire de la rencontre avec un petit prince.

Il était une fois un livre de poésie allégorique, philosophique, d’amour, qui sous ses atours de ne parler qu’aux enfants possède quantité de niveaux de lecture dans lesquels même les adultes peuvent venir puiser à tout âge de quoi avancer dans la vie et la regarder sous un autre angle.

Ce livre, Le Petit Prince, grâce à des dessins aquarellés d’une grande douceur, à une tendresse dans son phrasé, sommet de l’iceberg littéraire qu’il nous invite à explorer, est une source d’inspiration qu’il serait inconvenant, voire maladroit de vouloir réduire à une seule et unique leçon de vie. La puissance littéraire du Petit Prince est là, dans sa capacité à laisser interdit le lecteur avec la sensation non pas parce que l’histoire qu’il vient de vivre est incompréhensible, mais qu’au contraire parce qu’il y a tellement à y puiser qu’elle en devient indispensable et totalement unique.

Comme le dit le renard au Petit Prince avant qu’ils ne se séparent : « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux » . La leçon porte parfaitement lorsque l’on regarde Le Petit Prince version 2015 passé au hachoir de la simplification extrême comme l’ont fait Mark Osborne (pourtant réalisateur de Kung Fu Panda) et ses deux scénaristes Irena Brignull et Bob Persechetti.

Fermons les yeux. Que cache l’emballage ? Quelle âme y a-t-il derrière l’animation assez réussie, en tous cas assez originale, en papier découpé des très rares passages dédiés aux personnages de Saint-Exupery et qui prennent à tout péter 10-15 minutes dans tout le film ? Que cache l’animation assez balourde en 3D très actuelle qui oscille entre le Disney et le manga et se fait aussi froide, aussi répétitive et peu rayonnante que l’environnement banlieusard ?

Rien. Un vide sidéral, mort, sans aucun astéroïde, sans aucune planète, aucune étoile.

Le Petit Prince 01 - N'y allez pas c'est de la merde
Casse-toi Petit Prince, tu n’a rien à faire dans ce massacre, s’il te plait, ils vont te faire du mal.

Mis à part l’histoire très convenue qui relie de cette petite fille abandonnée par ses parents à ce vieux monsieur en quête de quelqu’un pour l’écouter, le récit est aussi proche du Petit Prince que la côte de mouton rosée l’est de l’endive au beurre paysan breton et a autant d’âme qu’une coque d’iPhone flanquée de la photo de Kanye West.

L’histoire du Saint-Ex n’est qu’un prétexte commercial accaparé par la production pour nous servir 1h45 (merci pour les tout petits qui n’en peuvent plus au bout de 40 minutes (au mieux)) d’histoire téléphonée, pataude, mal dialoguée qui ne tire du Petit Prince que le seul constat qu’il ne faut pas perdre son âme d’enfant et que les adultes ne sont que des automates monomaniaques irresponsables incapables de la moindre nature humaine vivant dans un Brazil à la Terry Gilliam.

Un monde froid et noir où les adultes c’est de la merde et on est bien qu’enfant ou avec une âme d’enfant. Où les mères de famille sont des working girls hystériques ceinturées dans leurs tailleurs Gucci qui leur moulent le cul et où les hommes d’affaires sont des méchants patrons et les professeurs des embaumeurs émaciés,squelettiques et fermés, murs des yeux, murs du cœur et mur du cul comme dirait l’autre. Jamais je n’aurais imaginé voir autant de cynisme dans Le Petit Prince. Jamais.

Mais une âme d’enfant qu’est ce que c’est ?

Ce n’est pas seulement mesurer 1m20 et arborer cet état de joie permanente qui fait rigoler comme un débile en faisant l’avion (rappelez-vous, ce n’est pas souvent qu’on n’entend le Le Petit Prince rire dans l’histoire), c’est l’apprentissage des sentiments heureux ou violents, c’est regarder les choses et les personnes avec un autre prisme, c’est jeter l’œil neuf de la découverte permanente comme au premier jour sur les choses et les personnes que l’on a envie d’aimer que l’on aime ou que l’on va apprendre à aimer, c’est regarder le monde des adultes avec curiosité et étrangeté et non pas avec le regard froid et cynique d’un adulte dans un corps d’enfant… C’est tellement d’autres choses, oubliées sacrifiées sur l’autel d’une histoire qui tient sur un timbre-poste avec la subtilité d’un porte-avions russe dans une jardinière de bégonias.

Ce manichéisme terriblement réducteur au trait maladroit et épais, qui frôle la mauvaise caricature politique, prend soit les enfants pour des débiles profonds en les infantilisant au possible, soit tente de nous sous-titrer l’œuvre de Saint-Ex « Le Petit Prince expliqué par des gens qui n’y ont absolument rien compris parce que vous êtes trop cons pour comprendre ». Tout dans la démonstration, jamais dans la suggestion. Réfléchir ? Pour quoi faire ?

Le Petit Prince 02- N'y allez pas c'est de la merde
Dis Renard, tu penses qu’on les a assez pris pour des cons ou pas ?

J’ai toujours été un partisan de montrer, au milieu de choses ludiques et légères, des dessins animés intelligents aux enfants, car ils savent plus que les autres, se poser et poser les bonnes questions. Parce que ces œuvres ouvrent le dialogue avec les parents et les adultes. Parce qu’ils créent un pont rafraichissant entre un monde d’adultes parfois déconnectés de leurs regards d’enfants et enrichissent la pensée des enfants qui gambergent bien plus qu’on ne saurait s’en souvenir. Parce qu’un enfant qui ressent le bonheur d’avoir compris quelque chose et a su aller au-delà de ce qu’on lui a montré en retire une immense fierté personnelle et ça, c’est important, primordial. C’est une des clés qui construisent sa confiance en lui.

Nous offrir une merde pareille empaquetée dans le papier du Petit Prince, changer la fin du livre et corrompre, tromper, trahir les enfants et leur intelligence avec des apparences bienfaisantes de celui qui veut partager la magie d’une œuvre à la portée universelle est à gerber. Il faut être redoutablement naïf pour ne pas voir l’opportunisme d’hommes aussi laids et avares que les adultes noirs et cyniques que ceux qu’ils présentent dans leur film.

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