Knight Of Cups – Malick Mou

Critique Knight Of Cups - N'y allez pas c'est de la merde Poster

Genre : Drame, expérimental Durée :  1h58 Note : 12li/20

Réalisé par : Terrence Malick Acteurs :  Christian Bale, Natalie Portman, Cate Blanchett, Wes Bentley, Brian Dennehy

« Il était une fois un jeune prince que son père, le souverain du royaume d’Orient, avait envoyé en Égypte afin qu’il y trouve une perle. Lorsque le prince arriva, le peuple lui offrit une coupe pour étancher sa soif. En buvant, le prince oublia qu’il était fils de roi, il oublia sa quête et il sombra dans un profond sommeil… » Le père de Rick lui lisait cette histoire lorsqu’il était enfant. Aujourd’hui, Rick vit à Santa Monica et il est devenu auteur de comédies. Il aspire à autre chose, sans savoir réellement quoi. Il se demande quel chemin prendre.

Terrence Malick c’est tout une légende. Un réalisateur mystérieux, perfectionniste, hors du temps. Un type qui a mis 20 ans a réaliser un nouveau film après les très réussi Badlands et Les Moissons du Ciel pour lequel, en véritable névrosé de l’image à la Kubrick à la recherche de la perfection de l’image, il avait tourné au crépuscule, tous les soirs, pendant plusieurs semaines, sous les rayons d’un soleil couchant particulièrement doux. Une splendeur à l’image, un cauchemar pour les studios, déjà peu patients.

Pour Malick, pourtant, des camions entiers de comédiens se sont battus pour figurer au générique de sa magnifique fresque guerrière qu’est La Ligne Rouge. Un film-choc, un coup de poing à l’estomac, le pendant « romanesque » de la seconde guerre mondiale dans le cadre du conflit du Pacifique. D’un côté, à l’écran, certains cherchaient un soldat Ryan pour le ramener à sa mère, l’autre avait perdu sa mère et s’était retrouvé, dans la simplicité de la vie des populations mélanésiennes et comme tant d’autres, cherchaient un sens à ce conflit.

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Dis, tu sais où c’est Bandonnet ? Brigitte parle tellement de sa plage, on pourrait y aller un jour non ?

Le spectateur redécouvrait un cinéma introspectif, lent et contemplatif, où de soliloques et monologues intérieurs, l’être humain étalait sa détresse sa tristesse, son ambition, sa haine, sa peur, son amour, son humanité quoi. L’exact opposé d’un bockbuster comme celui de Spielberg, une approche singulière qui en dérouta certains pour en faire fondre en larmes d’autres.

Depuis Terrence Malick s’est fait plus régulier, plus présent. Il a enchainé quelques années après avec Le Nouveau Monde, une réécriture très belle de Pocahontas et Tree Of Life, un film indescriptible, fabuleux, d’une beauté stupéfiante, une histoire complexe, psychologique qui en orbitant autour du deuil d’un fils et d’un frère, digresse autour de l’histoire de la création du monde et de l’univers en même temps que sur l’inéluctabilité probable pour un enfant de reproduire les comportements violents qu’un père avait envers lui étant enfant.

Mais il faut avouer qu’avec ses deux derniers films, A la Merveille et Knight Of Cups, il y a comme une impression non pas de tourner en roue libre, mais plutôt de tourner totalement en rond. Pourtant, Knight of Cups est exactement ce que voulait Malick, un film déroutant qui entend réinventer la narration filmique traditionnelle pour arriver à une interprétation encore plus sensible de l’histoire. Se faire 100% introspectif, sans aucun dialogue. Raconter le vide et la vacuité de nos existences qui s’essoufflent à courir sas cesse dans un marathon de l’inutile, du paraitre et du superflu. Un vide total qui plongé au sein de l’industrie Hollywoodienne, fait écho aux jeunes années dissolues du scénariste/réalisateur Malick qui trouve aujourd’hui une sorte de rédemption dans sa foi affichée sans complexe.

On peut y voir alors dans un seul film, une évolution d’un même homme par une vertigineuse mise en abîme de son propre parcours de vie sensé nous rappeler à chacun la superficialité des détails matériels et du paraitre. Un propos souligné autant par les diverses techniques de prise de vues 65mm, 35mm et même GoPro que par une voix-off omniprésente, parfois totalement à côté de la plaque parfois pile dans le ton comme n’importe quel monologue intérieur de n’importe quel être humain.

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Terrence Malick signe ici un film totalement déroutant, vraiment ! Moins spectaculaire et « dingue » que Tree Of Life, il déstructure toute prédictibilité narrative, nous emmène valser, pogoter, au gré des pensées absconses ou profondes de son personnage principal. C’est un véritable exercice de style, un pont entre le film d’art et d’essai et la vidéo d’art contemporain en passant par l’île du cinéma indépendant, un film dans lequel le temps parait parfois très long, mais qu’il faut absorber avant de le condamner. Certainement pas sa masterpièce, mais un pari ultra couillu en regard de la production actuelle.

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