Killer Joe – God Unbless America

Genre : Drame, policier, Thriller Durée : 1h42 Note : 14/20

Réalisé par :  William Friedkin  Acteurs : Matthew McConaughey, Emile Hirsch, Juno Temple, Gina Gershon

Chris est un petit dealer minable d’un quartier minable d’une petite ville minable du Texas et il se trouve dans une situation plutôt délicate. Il est le débiteur de 6 000 $ d’un escroc notoire qui est bien décidé à lui régler son compte s’il ne récupère pas la somme qu’il lui a prêtée. La solution pour Chris ? Une arnaque à l’assurance vie. Persuadé que sa maman, tout aussi pourrie que lui, a contracté une assurance vie de 50 000 $ au profil de Dottie sa petite fille et sœur de Chris, celui-ci décide d’utiliser Joe, un policier véreux, brutal et sadique pour l’assassiner. Redresseur de torts le jour, tueur à gages la nuit, Joe décide de passer outre sa sacrosainte règle de se faire payer son contrat à l’avance, lorsqu’il rencontre Dottie.

French connection, L’excorciste, police fédérale Los Angeles, Bug, pour ne citer qu’eux, William Friedkin est l’un des réalisateurs émergeants de cette époque du renouveau Hollywoodien qui s’inscrivait dans des films brutaux, noirs, sans pitié, plongeant au plus profond de la nature et de la psyché humaine avec un pessimisme exacerbé, ne laissant que peu de place à un moment de réjouissance ni à une lueur d’espoir. L’être humain chez Friedkin est vengeur, vénal, nombriliste, tordu, imprévisible, amoral pas toujours éloigné de la bête sauvage.

Killer Joe est un film à l’ancienne, un sublime film glacial qui retourne les tripes, annihile par sa crudité, transporte par l’escalade de son histoire. Il est à l’image d’un cinéma américain tout ce qu’il y a de plus jouissif et inspiré. C’est un  film qui colle au siège dès les premières scènes et met directement le spectateur dans l’ambiance. Dès les premiers pas de Chris sous la pluie face à cette immense chien, symbole de la parano Américaine et sa peur de l’ennemi invisible. Dès la première discussion de celui-ci avec son père, on sait que le film va mal finir sans néanmoins prévoir le Chaos. L’orage qui gronde dehors étant sans doute un symbole de la foudre divine qui va s’abattre sur les personnages.

On le sait, Killer Joe n’est pas un film où l’on va se marrer. Exit la légèreté d’un cinéma trop rangé qui veut déranger à la George Clooney qui a coté prend un coup de vieux magistral de la part d’un Dieu du Nouvel Hollywood. L’Amérique profonde brossée par Friedkin est sale, immonde, violente, hypersexuée et les protagonistes d’en devenir involontairement comiques, car dépassés totalement la situation dans laquelle ils se sont volontairement glissés. Seul éclair de beauté et de grâce, la jeune et magnifique Dottie, îlot d’innocence et de virginité au début du film (quoique) qui émerge de cloaque de cul-terreux texans gauches et incultes shootés aux converses et la Budweiser et au stars & stripes puis qui, comme une éponge, se gorge rapidement de l’horreur nauséeuse qui l’entoure. Blonde à la peau blanche campée par la parfaite Juno Temple, elle semble comme un phare involontaire pour chacun des personnages, une ampoule brûlante vers laquelle d’infects insectes viennent s’écraser et brûler vif.

Killer Joe est magistralement réalisé, somptueusement interprété notamment par un Matthew McConaughey totalement décidé à péter son image de beau gosse romantique, Texan de son état. Loin de se contenter de n’être qu’un film sur la noirceur de l’homme, il montre comment la haine et la folie peuvent naître au cœur même de l’endroit que tout un chacun considère comme le plus protecteur : la famille. Il pulvérise un à un toutes les valeurs de ce cocon intouchable jusqu’à un ultime souper… inoubliable.

Dans Killer Joe, on ne peut choisir son camp, on ne peut rester neutre ni indifférent, on se dit qu’il faudrait faire quelque chose, mais rien qui puisse arranger les choses. L’ultime scène avant le générique est en cela une conclusion qui se fait trop rare dans un cinéma américain trop tendre qui a tendance à vouloir tout clore, tout encadrer, tout maitriser de manière ferme et définitive pour accompagner le spectateur vers la sortie,des questions plein la tête.

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