Jupiter Ascending – Planète Wachowski

Critique Jupiter Ascending

Genre : Science-fiction Durée :  2h07  Note : 13/20

Réalisé par : Andy Wachowski, Lalan Wachowski Acteurs :  Mila Kunis, Sean Bean, Eddie Redmayne, Doona Bae

La vie de Jupiter Jones semblait vouée à une routine de ménages et récurage de toilettes des foyers aisés new-yorkais. La tête dans les étoiles, elle est pourtant persuadée d’être promise à un destin hors du commun et son instinct ne va pas la tromper. Un jour, Caine, un chasseur militaire, lui sauve la vie et l’amène à découvrir sa véritable identité. S’ouvre alors à elle une destinée incroyable propre à bouleverser l’équilibre de tout l’univers.

Le plaisir, la rage, la colère, l’amertume, la souffrance… Le sentiment, les sentiments plutôt qui animent le créateur d’une œuvre artistique transparaissent TOUJOURS dans le résultat final. Toute œuvre créée dans l’automatisme, selon une check-list, donne systématiquement une bouillie informe, attendue, formatée, sans surprise, sans sel, sans envie : une sombre merde insipide comme Lucy, Taken 3, La Bataille des Cinq Armées, Ninja Turtles, Sin City 2 pour ne citer que les derniers chroniqués sur le site.

Les Frères et sœurs Wachowski sont des amoureux du cinéma et ça se sent immédiatement. Dans Bound, Hitchcockien polar sulfureux qui fait toujours son effet, la trilogie Matrix, dont le premier volet, film charnière et sa flopée de trouvailles visuelles a, excusez du peu, révolutionné totalement le cinéma des années 2000, Cloud Atlas, qui est resté pour moi l’une des plus immenses claques narrative et visuelle de ces dernières années au cinéma. Arrivant à retranscrire à l’écran quelque chose de presque aussi inadaptable que le Fondation d’Asimov.

Seul écueil à leur parcours, Speed Racer, plutôt pauvre et peu inspiré et trop facile. Un film qui les a d’ailleurs écœurés de travailler avec les grands studios.

Pourtant, si Jupiter Ascending renoue avec Village Roadshow et la Warner, il a su garder le souffle de folie et la vague d’inspiration, visuelle du moins, de la fratrie Wachowski. Visuelle, parce que le scénario du film est loin, très loin de repousser les limites de l’univers de l’imagination.

Les Wacho renouent pourtant avec leurs amours bouddhiques de la réincarnation, mais l’ensemble de l’histoire est un ultra classique de la science-fiction : la bataille fratricide d’une famille pour la maitrise d’une des ressources les plus lucratives de l’Univers. Entre le gentil, le presque méchant et démoniaque mégalomane prêt à ravager l’univers pour satisfaire son égo et son compte en banque. Le bad guy tombe amoureux de l’héroïne, etc.

Rien de renversant donc dans la trame comme dans l’interprétation (Forcément entre Channing Tatum et Mila Kunis). Si ce n’est la présence d’Eddie Redmayne qui passe de Stephen Hawking à Balem, bébé gâté totalement givré avec une facilité délirante. Un cast sans fausse note, mais sans éclat. Des personnages trop classiques malgré leurs imperfections pour les rendre plus empathiques. Seul clin d’oeil amusant, on peut voir dans Jupiter Ascending une parabole de la vie de Mila Kunis, émigrée russe sur le sol Américain qui connaitra une renommée mondiale.

Pourtant, Jupiter Ascending ne donne vraiment pas envie de bouder son plaisir et se transforme de ce qui aurait pu être une petite série B en un très bon film de SF grâce à une quantité de trouvailles visuelles et à un mélange des genres qui sait trouver son originalité au milieu de chemins balisés par des années de blockbusters pourris.

Du début à la fin, c’est un exemple de spectaculaire et de subtilité, une montagne russe permanente d’action, d’illumination ésotérique sur un fond suffisamment discret d’histoire d’amour. Presque une réécriture de L’Olympe et ses rivalités divines. Quelque chose qui explique peut-être la grandiloquence un peu pompeuse de certains passages. Un blockbuster qui ne cherche pas la surenchère, mais la juste utilisation de ses effets spéciaux.

Jupiter Ascending est en tout cas une synthèse parfaitement cohérente et jubilatoire des inspirations high-tech-pop-culture-geek actuelles. Détruisant des villes entières avec plus de rage que les Avengers, fabriquant des vaisseaux plus beaux, plus inspirés, plus pensés que les ersatz dégueulasses de robots anthropomorphes de Michael Bay, donnant à l’ensemble ce mélange humour-SF plus proche des Gardiens de La Galaxie que des blagues potaches et ridicules de Transformers.

Un film certes pas révolutionnaire, mais au-dessus de ce que le cinéma de genre nous offre en ce moment, tout à fait à la hauteur du plaisir immense que doivent prendre les Wachowski à raconter leur histoire par la lorgnette du cinéma. Une énorme lorgnette qui embrasse un monde immense d’imagination avec une générosité communicative.

C’est toujours ce que j’ai ressenti avec leur cinéma. Ce n’est pas un produit qu’ils nous vendent, mais bien un cadeau qu’ils nous offrent. Avec un amour incommensurable du cinéma.

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