Jason Bourne L’Héritage – Une bourne en moins

Genre : Espionnage, Action, Drame Durée : 1h47 Note : 07/20

Réalisé par :  Tony Gilroy  Acteurs : Jeremy Renner, Rachel Weisz, Adward Norton, Scott Glenn

L’opération Treadstone, programme de conditionnement d’agents de la CIA dont Jason Bourne était le pionnier et le cobaye volontaire n’était que le sommet de l’iceberg. Plusieurs programmes d’un genre assez similaire comme BlackBriar ont été orchestrés alors pour former et conditionner des agents de la CIA à être de véritables « exécuteurs » ne se posant aucune question. Mais la divulgation de Blackbriar et Treadstone et leurs multiples implications politiques par Jason Bourne et Pamela Landy a mis le feu aux poudres. Un autre programme, Outcome, doit alors être totalement effacé sur le papier comme pour les agents dans la vie. Aaron Cross, équivalent de  Jason Bourne de l’opération Outcome, échappe de peu à son exécution et une course contre la montre s’engage alors pour sauver sa vie.

La trilogie Bourne initiée en 2002 avait lancé une série de films d’action efficaces sur la base d’un personnage de Robert Ludlum. Et même s’ils s’affranchissaient totalement des romans, le film réalisé par Doug Liman et les deux réalisés par Paul Greengrass ont une énergie telle qu’ils ont inspiré nombre de films d’action qui les ont suivi allant même jusqu’à influencer fortement le nouveau style des James Bond avec Daniel Craig. Les films brillaient tant par leur coté très brut de décoffrage, par la personnalité multitâche du héros que par le scénario tortueux et la quête de son identité d’un héros pour lequel Matt Damon avait réussi à nous inspirer une forte empathie.

Jason Bourne, l’Héritage est à l’image d’un héritage. Notre cher disparu peut nous avoir légué une fortune immense et variée comme nous avoir refourgué sa vieille carpette dégueulasse sur laquelle son vieux labrador odorant et arthritique se desquamait précautionneusement à chaque fois qu’il essayait d’enlever ses puces en se frottant le flanc du bout de sa patte arrière qu’il n’arrivait pourtant même plus à soulever pour aller pisser. Autant dire que l’héritage qui nous concerne aujourd’hui tient plus du marchand de tapis adepte de la profonde sodomie financière non lubrifiée de ses clients que des espèces sonnantes et trébuchantes remplissant votre compte en banque.

Profitant de la vague Bourne jusqu’à inclure même une partie du récit précédent dans son histoire, L’héritage s’inscrit comme une suite directe tout en étant un véritable bon gros spin-off. Malheureusement et très étonnement, le film n’a pas retenu une seule leçon de précédente saga. Tony Gilroy pourtant scénariste des trois premiers opus a du simplement sniffer la bonne affaire et s’est alors décidé à réaliser un gros actionner qui tâche sans se soucier le moins du monde d’y insuffler ce qui donnait un corps consistant à la saga : Les dessous CIAesques de l’affaire qui en quelques dialogues subtils suffisaient à faire peser un climat de terreur sur les traces du héros. Un type de réalisation où course poursuite et intelligence service intelligemment dosés donnaient ni un film d’action bas du front, ni une étude poussée des mœurs discutables de la CIA. Elle lui offrait juste cette image de machine à comploter et a gérer la politique mondiale qui se sait au-dessus des lois même si dans la vraie vie, il est bien évident que les coupables des hautes sphères auraient connus un destin bien plus heureux. La CIA sait protéger tous les siens et surtout les plus puissants.

Au lieu de cela, Gilroy, peut-être en gentil chienchien des studios torche un récit au goût aussi bien réchauffé et digeste qu’un plat de lasagne surgelées oublié en plein soleil. C’est simple, le récit et un copié collé, une feuille de route, une véritable Check List des épisodes de la saga. Si bien qu’aucune surprise, qu’aucun moment n’apporte son lot d’adrénaline. On sait comment et même à quelle seconde précise Aaron Cross va se débarrasser de son ennemi, emballer l’héroïne ou irriter son chef campé par un Edward Norton que l’on aimerait voir dans d’autres films que des resucées même pas dignes d’une adaptation Nord-Coréenne des plus mauvais épisodes de Plus Belle La Vie.

Car à force d’user de copier-coller on en vient forcément à comparer la copie à l’original, c’est inévitable. Non pas que l’excellent acteur qu’est Jeremy Renner soit nul en agent spécial, il se défend même plutôt bien  mais il lui manque la fragilité de Jason Bourne dans sa quête de son identité pour provoquer chez nous un quelconque attachement. Une faille immanquable dans l’écriture de son personnage.

Il n’est alors qu’une brute épaisse un agent efficace avec des valeurs certes mais qui ne suffisent pas à faire oublier la pauvreté d’une intrigue lourde et mal ficelée qui donne encore et toujours l’impression que Hollywood nous prend pour des cons. Sa réalisation bancale et épileptique, peu inspirée, ni novatrice, ni inventive rend la scène finale longue, soporifique et pire transforme une scène de tuerie froide que le réalisateur a sans doute voulu angoissante en banale petite fusillade sans intérêt. Cet épisode est clairement l’épisode de trop, le Indiana Jones et le Crâne de Cristal de la saga Bourne et sans doute le moins épique et le plus racoleur.

Alors que l’on ressortait de chaque épisode de la saga Bourne essoufflé par le rythme physique et intellectuel imposé par le film on finit l’Héritage avec un bâillement distrait typique de ces films que l’on regarde le soir d’un œil distrait tout en pensant qu’il faut que l’on rachète du beurre demain.

 

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