J.Edgard – Aspirateur à spectateurs

Genre : Policier, Drame, historique Durée : 2h15  Note :  7/20

Réalisé par :  Clint Eastwood Avec : Leonardo Di Caprio, Naomi Wats, Armie Hammer

Terrifiant, bluffant, méconnaissable, on pourra utiliser tous les superlatifs pour décrire la prestation de Léonardo Di Caprio dans ce film tant, depuis les jeunes âges de Hoover jusqu’à sa vieillesse vaillante il offre une prestation absolument incroyable, s’accaparant complètement Hoover même si quelquefois, sous le maquillage, perce le vrai visage du comédien. Dans ses attitudes, dans ses regards, dans son comportement on sent qu’il est le patron du FBI, qu’il est cet homme implacable qui a réussi à donner un nouveau visage à l’investigation policière aux USA à ce moment de l’histoire où ils en avaient le plus besoin.

Pourtant, de ce film, je ne retiendrai que la prestation de l’acteur car force est de constater que la Grandeur de Clint Eastwood s’est elle aussi bel et bien perdue dans les tréfonds de l’histoire américaine. J.Edgard est typiquement le genre de film  qui attire les foules non seulement parce qu’un grand acteur joue dedans mais aussi parce que celui-ci campe l’une des ces figures mythiques de l’histoire américaine. Tout le monde a déjà entendu le nom de John Edgard Hoover (ne serait-ce que dans X-Files pour ceux de ma génération). Il a franchi depuis longtemps franchi les frontières et les mers pour devenir l’un de ces quelques symboles de l’histoire américaine qui se sont ancré dans l’inconscient collectif alimenté régulièrement par les séries américaines qui ne cessent de répéter leurs noms et les érigeant comme des symboles de leur histoire.

C’est justement là où le bas blesse, file, grille fortement même dans le film d’Eastwood. Il tente, et c’est tout à son honneur, de décrire la vie d’un homme controversé dans sa carrière politico-policière, controversé pour ses méthodes et sa médiatisation, controversé pour cette aura d’homosexualité qui planait au-dessus de sa tête et qui a obsédé tous les médias à l’époque mais n’intègre pas cet homme dans une trame historique et une explication cohérente de la situation géopolitique de l’époque, sur la flambée de violence aux USA à cette époque et sur les révolutions totales qu’Hoover a opéré pour faire du FBI la machine à enquêter implacable qu’elle est devenue des années après.

Toute l’histoire même de la création du FBI n’est finalement que survolée et donne même une image plus que confuse du pouvoir que cette institution prenait à l’époque et surtout de la puissance et la domination qu’elle donnait à ce seul homme qu’était John E. Hoover devenu à l’époque et est reté pendant 48 ans presque aussi puissant que le président des Etats-Unis. Toutes les relations qu’il a noué avec les huit présidents différents sous lesquels il a exercé (De Roosevelt à Nixon en passant par Kennedy, Truman ou Eisenhower sont purement et simplement oubliées du film, toute la dimension de cette époque où le FBI se construisait à mesure où la société changeait manque cruellement au film, causant une série de longueurs terriblement frustrante qui empêchent de se plonger dans film. Même l’arrestation Dillinger, Baby Face et autres figures du grand banditisme ne sont qu’évoquées d’une façon lointaine et détachée. Reste que l’on peut prendre aisément conscience de la difficulté de raconter 48 ans de mandat en 2h15 de film.

Finalement, le film vivote autour du personnage principal sans réellement saisir les nombreux arcs narratifs qui naissent autour de lui mais se fracassent au sol sans nous avoir laissé le loisir des les savourer. Il essaye de verser dans le pathos avec la tragique histoire d’amour qui aurait lié Hoover et son bras droit mais ne décroche qu’une larme. Celle d’un spectateur venu chercher un film politique fort pour ne voir qu’une très longue bluette légèrement instructive certes mais qui peine à aller au-delà de la surface que ce qu’il essaie de raconter sur l’une des figures les plus passionnantes psychologiquement et politiquement parlant des années après son exercice.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *