Imitation Game – Rouages de génie

Critique Imitation Game

Genre : Biopic, drame Durée :  1h54 Note : 13/20

Réalisé par : Morten Tydlum Acteurs :  Benedict Cumberbatch, Keira Knightley, Charles Dance, Mark Strong

 

Pendant la seconde guerre mondiale, Londres recrute à Bletchley Park les plus éminents mathématiciens pour arriver à casser le chiffrage d’Enigma, une machine de cryptage réputée inviolable servant à coder les transmissions radios de l’Allemagne Nazie. Alan Turing, véritable génie embauché au sein du projet Ultra, se met en tête de construire une machine capable de décrypter automatiquement le code du chiffreur allemand. Une partie pas toujours facile pour ses collaborateurs face à un être complexe et hors du commun, véritable père de tout l’informatique moderne.

Dans votre poche, sur votre bureau, dans votre sac se trouve un téléphone portable, un ordinateur de bureau, un laptop. Dans votre rue et dans vos journaux et quelquefois dans les émissions de téléréalité et à la télévision, nous parlons français.

Et ben dites-vous que tout cela n’aurait peut-être pas été possible sans la contribution d’un anglais au caractère bien trempé, à la limite de l’asocial et rappelant un peu le Sheldon Cooper de la série Big Bang Theory : Alan Turing.

Comment un seul homme a t’il pu changer la face du monde au point de donner naissance à ce que l’on considère comme l’un des premiers ordinateurs ? Comment cette invention a t’elle permis aux Alliés de gagner 4 ans sur un conflit qu’ils n’auraient peut-être finalement pas gagné ? Toutes ces questions ne trouveront pas de réponse forcément dans ce film mais il contribuera à comprendre un peu plus les rouages d’un personnage aussi complexe que la machine qu’il a créée.

Imitation Game, bien que passionnant, retrace avec une réalisation poussive, la vie d’Alan Turing. C’est, il faut être honnête, un biopic ne brillant pas par une délirante originalité de décors, de situations ou de reconstitution. De bureaux et intérieurs, d’images d’archives assez moyennes en effets spéciaux plutôt désastreux, l’ancrage historique pêche largement par un manque de moyens flagrant. Pourtant, Imitation Game reste un très bon film. Pourquoi ?

La réponse est à trouver dans la narration et dans l’interprétation des personnages. Les seconds rôles, effacés juste ce qu’il faut, soutiennent avec beaucoup d’efficacité la formidable interprétation de Benedict Cumberbatch, impeccable en Alan Turing renfrogné, asocial, blessé par la vie, par l’amour et enfoui dans le travail où il communique mieux avec les machines qu’avec les êtres humains. Véritable génie incompris épaulé par la sublime Keira Knightley. Ce sont eux qui, guidés par ici Mark Strong, génial chef du Mi6 et Charles Dance, aussi terrifiant que son Tywin Lannister dans Game Of Thrones qui portent tout le film.

De l’anonymat à la gloire, de la passion des mathématiques à l’invention d’une machine qui changea la face du monde, de l’enfance meurtrie au héros de guerre déchu, marginalisé puis anobli par la reine et même que ça lui fait une belle jambe vu qu’il est six pieds sous terre, on plonge dans l’intimité du personnage. Reste que l’ensemble s’apparente plus à un reportage qu’à un véritable film.

Il manque ce rapport au pouvoir, cette machination et ce calcul sadique humain, complément de la machine, si l’on est dans l’archéologie de l’informatique, il manque moult détails historiques qui auraient permis de mêler espionnage et technologie, confronter intelligence humaine et informatique. Imitation Game est un film talentueux mais pas assez fouillé. Un sujet électrisant, sans mauvais jeu de mot, qui connait trop de courts-circuits pour être un véritable chef d’œuvre.

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