Foxcatcher – Lutter contre l’ennui

 Critique Foxcatcher

Genre : Biopic, Drame Durée :  1h49 Note : 07/20

Réalisé par : Benett Miller Acteurs :  Mark Ruffalo, Channing Tatum, Steve Carell

L’histoire vraie de la relation particulière entre deux champions de lutte médaillés olympiques et un milliardaire excentrique rêvant de coacher une équipe pour la mener aux prochaines olympiades. Entre admiration, jalousie, désir de reconnaissance, c’est tout un engrenage qui se met en place pour le meilleur et pour le pire.

Encensé par les critiques, loué par une palme cannoise, Foxcatcher m’intriguait au plus haut point. Rien que la vision de Steve Carell métamorphosé  en milliardaire bouffi mégalomaniaque complexé par le regard d’une mère qui ne trouve aucun espoir dans son rejeton plutôt minable pouvait donner au film un parti pris intéressant. Pourtant, force est de constater que je me suis fait chier comme un rat mort devant cet attrapeur de renard.

À part une photo splendide, rien n’est à sauver dans cette interminable confrontation dépourvue de tension entre un marshmallow moisi aux yeux de cocker apathique et un soporifique milliardaire bouffi d’orgueil qui fait à peu près aussi peur qu’une carpette défraichie en décomposition dans un appartement centenaire d’un petit village abandonné du centre de la France enseveli sous une tempête de neige.

Tout au long du film, on sent la volonté tenace du réalisateur d’instiller un suspense, une tension morbide entre envie et admiration, émulation et manipulation, mais pourtant rien ne va. C’est un vide total, un néant d’ennui profond qui capte le spectateur pour lui imposer un produit fini d’une grande beauté, mais aussi creux que le crâne lobotomisé d’un adolescent en pleine puberté, excité par les soubresauts grotesques des seins siliconés d’une star des Ch’tits à Ibiza, Miami ou Guantanamo. Un film aussi balourd que le sport, très américain, qu’il entend sacraliser.

Le film ne raconte pour ainsi dire, rien. Dans une lenteur inouïe, une paresse enivrante d’ennui, il enchaine les scènes temporelles clé sans aucun liant, comme une soirée diapo mal organisée, ou un powerpoint des meilleurs moments de la soirée tahitienne de vos cousins pendant leur été à Aurillac.

Jamais ne se tisse jamais aucun lien entre Channing Tatum et Steve Carell et de fait, cette relation entre ces deux étrangers empêche de comprendre les motivations de l’un et la rébellion de l’autre si ce n’est quelques vaseuses et rapides explications sur la tension existante vis-à-vis d’un frère trop envahissant médiatiquement et des exigences démesurées d’une mère castratrice de l’autre.

Ainsi, la fin du film arrive comme un toupet sur le potage, totalement incongrue, totalement absente Un dénouement que l’on savait pourtant inévitable qui ne vient même pas relâcher un quelconque affrontement psychologique.

La faute à une réalisation peu maîtrisée, à un produit fini trop parfait visuellement, au jeu totalement absent et sans nuance de Steve Carell et à la désastreuse interprétation monolithique de Channing Tatum qui, si elle passe encore dans un film d’action où il a deux mots à aligner, apparait ici avec la finesse et la délicatesse d’un joueur de rugby Maori au regard d’Aï déprimé dans un peignoir pour nourrisson.

Avis sur “Foxcatcher – Lutter contre l’ennui

  1. Bravo pour cette critique extrêmement juste et qui me permet de voir que je ne suis pas le seul à n’avoir perçu qu’une coquille vide. Toutes les critiques me laissaient penser à un chef d’oeuvre. Quelle déception !

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