Deadpool – Plume dans le cul, poing dans la gueule

Deadpool Poster - n'y allez pas c'est de la merde

Genre : Action, aventure, comédie Durée :  1h48 Note : 12/20

Réalisé par : Tim Miller Acteurs :  Ryan Reynolds, Morena Baccarin, Ed Skrein

[youtube=https://www.youtube.com/watch?v=qFTSfxVWxMg]

Wade Wilson, un ancien militaire aux méthodes peu orthodoxe récemment reconverti en « régleur de problèmes » a tout de l’emmerdeur charmant. Belle gueule, grosse gouaille, il rencontre Vanessa son pendant exact féminin et va vivre avec elle sa plus belle histoire d’amour. Jusqu’au jour où il contracte un cancer généralisé. Il va prendre une décision qui va changer sa vie et le transformer en Deadpool un anti-héros obstiné, hâbleur à la recherche de celui qui l’a transformé en mutant.

Où est le cap de l’irrévérence ? Faut-il choquer pour marquer ? Qu’est-ce qui est drôle ou lourdingue ? Deadpool est fait pour challenger, mais aussi fait pour diviser. Enchainer les blagues pipi, caca, sodo, crotte, bite, nichon couille (pourtant, je suis adepte) pour tenter de faire trembloter sur ses bases la sacrosainte morale pudibonde américaine (ou autre) est un exercice aussi casse-gueule qu’il est vieux comme le monde. Déjà parce que la société et les médias donnent avec des airs offusqués un level à ne pas dépasser et que les esprits rebelles et adolescents aiment challenger cette limite, mais aussi parce que chacun, ado ou non, a, de par son vécu, sa culture, sa sensibilité, son propre niveau de trash comme de gore. En ce qui me concerne, il faut mettre la dose pour me choquer.

Dans un pays où les scènes de front-nudity font se lever les féministes et où un ado qui fourre les tartes aux pommes fait exploser de rire, il n’est pas très difficile de voir où est le curseur autour duquel flirter. Deadpool répond à cette question en montrant ce que les studios imaginent être la ligne morale rouge. Une ligne aussi artificielle que distrayante qui fait de Deadpoool un film gentil, dynamique, rigolo et assez fun pour faire sourire, pas assez démentiel pour valoir le tapage médiatique et le buzz social média savamment organisé autour de la thématique « houuulàlàlàlà ! Qu’est ce que ça va choquer » ou alors « Za fa êdre la grpozze rikolatte !! ». Perso, c’est quand on me dit que je vais rire que je risque de tirer la gueule. Oui, je suis un emmerdeur, je vous ai jamais pris en traitre.

Parce que clairement, il n’y a rien, vraiment rien, ni dans le gore, le sexe ou la violence, dans Deadpool, qui puisse apporter une once d’offuscation ou qui ne soit même un peu osé, le film ne va sincèrement pas assez loin pour ça et semble même se réfréner par moment en stoppant net son élan violent pour l’aseptiser Totalement. Comme pour faire comme John McClane, balancer un pruneau et un bon mot. Conséquence immédiate : rien ne révolutionne l’irrévérence et surtout pas l’humour noir au point d’en faire une nouvelle référence de la comédie qui cible l’ado de base chopant des crampes aux zygomatiques et aux abdos devant quelques doigts d’honneur et des allusions scabreuses ou pire devant l’affligeante castration de l’humour comme peuvent le pratiquer nos comiques gaulois. Kickass dans le genre était bien plus crétinoïde et l’apport gaffeur du héros distancé par une fillette de 8 ans était bien plus jouissif.

Non, pris dans ce film, je ne connais que très peu comics, Deadpool (comprendre la cagnotte/tirage au sort/élection du mort et des histoires de piscine ou de poule comme le répète à mort une VF aussi désastreuse que le bilan co-masturbatoire des dernières victoires de la musique), est à la base, l’archétype du gros beauf totalement abruti qui ne se prend pas pour de la merde à qui on a envie de filer des gifles parce qu’il ouvre constamment sa grande gueule et fait exploser ses exploits sexuels fantasmés aux oreilles de tous. Un trait de caractère gommé par le côté humain du personnage, amoureux et désireux, finalement, d’aspirer à une vie « normale » en retrouvant et son apparence physique et son amour perdu. En fait, il a ce côté City Hunter en moins bad ass, en moins futé et en moins drôle.

Deadpool 01 - n'y allez pas c'est de la merde

Autant dire qu’avec une personnalité aussi binaire et des enjeux aussi faibles, le scénario de Deadpool ne nage (ça vaaaaa, je sais, je l’ai dit, c’est pas un piscine !) pas beaucoup plus loin qu’un petit épisode de Princesse Sarah, Rémi ou de la Petite Maison Dans La Prairie avec le principe bien connu « a qui le tour pour en prendre plein la gueule pour pas un rond ? ».

Bon, sinon, c’est réalisé de très bonne manière, c’est pas tellement ça le problème, mais de petites en grosses vannes, de bris du 4e mur en dénouement qu’on voit venir à deux kilomètres, c’est assez quelconque, pauvre, téléphoné, peu surprenant, beaucoup trop mignon dans l’ensemble pour remplir ses promesses. Une superbe coquille, bien réalisée, mais une coquille très vide qui s’essouffle assez vite en n’ayant pas les couilles de franchir la barre. Distrayant, pas une bouse loin de là, mais sans plus.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *