Flight – Vol de routine

Genre : Drame, Tragédie Durée : 2h18 Note : 11 /20

Réalisé par :  Robert Zemeckis  Acteurs : Denzel Washington, Kelly Reilly, Don Cheadle

Whip Whitaker est un commandant de bord émérite, mais aussi un alcoolique à un stade bien avancé. Aux commandes de son avion de ligne ce jour-là, il connait un très grave problème technique qui aurait pu coûter la vie à tous ses passagers, mais au prix d’une manœuvre audacieuse il réussit à sauver la majorité des occupants de l’appareil. Alors que les médias le portent en héros, l’enquête révèle bientôt qu’il pilotait ce jour-là sous l’influence de l’alcool. Une enquête qui pourrait lui coûter plus que sa licence de pilote de ligne.

Les pilotes d’avion boivent. Oui c’est un fait, les pilotes d’avion picolent, mais pas autant que le personnage de Whip Whitaker dans le nouveau Film de Robert Zemeckis. On peut dire que quand le réalisateur de films jusque-là plutôt légers (hormis Forrest Gump, Seul au Monde et peut-être Contact qui versait dans une certaine féérie) s’attaque à un sujet un peu sensible il n’y va pas avec le dos de la cuillère.

Dans ce drame introspectif, le personnage de Denzel Washington n’est pas la moitié d’un alcoolo, c’est une véritable éponge, grand modèle, le genre de gars qui doit s’auto-conserver dans l’alcool même 10 ans près sa mort. Il s’envoie des rails de coke, un peu d’herbe, se siffle de la bière, de la vodka, du whisky, se déchire la tête pendant tout le film avec tout ce qui passe. Un personnage que l’on jugerait rapidement comme une vraie merde s’il n’avait pas sauvé la vie d’une centaine de passagers dans un crash aérien alors qu’il était aux commandes de son avion de ligne.

C’est là que le jugement que l’on porte sur lui commence à changer ou alors à s’assouplir. C’est là que le film devient intéressant. Loin, très loin d’être un véritable chef-d’œuvre ou une révolution, Flight  évite de tomber dans le piège du film donneur de leçon et des violons mal accordés et lourdingues et dans les élans navrants de sentimentalisme Stars & Stripes.

Assez habilement, la  mise en scène mêle, sur un fond musical très bien choisi de groupes connus pour leurs excès d’alcool et de stupéfiants, l’humour de John Goodman parfait dans son personnage de dealer excentrique et la déchéance de Denzel Washington superbe de sobriété (jeu de mots involontaire) dans son rôle d’alcoolique toujours une bouteille ou un verre d’alcool à la main qui n’en fait pas des caisses. Une mise en scène qui n’a rien du hasard.

Robert Zemeckis met clairement en avant la désinvolture et coolittude de Denzel Washington et de son comparse Goomanien pour le rendre plus sympathique et empathique, mais aussi pour mieux mettre en parallèle l’acte héroïque du pilote et les catastrophiques conséquences de l’inconsciente attitude de l’humain pour les gens qui l’entourent et essaient de le sauver, mais aussi sur sa vie à court et long terme. Une façon de nous amener à nous poser les bonnes questions sur lui. C’est là d’ailleurs la seule qualité du film.

Sorti de ce parti pris intéressant, le film gentillet, jamais mélodramatique, au dénouement très prévisible manque d’une réelle profondeur et surtout pêche par la totale incohérence de l’apparition de certains seconds rôle, Kelly Reilly en tête, laquelle devient, comme par magie un élément central de la vie du personnage de Whip Whitaker.  Don Cheadle totalement sous-exploité, Bruce Greenwood inexistant… Tous semblent absents du film comme pour laisser encore plus de place à la solitude totale dans laquelle  le personnage principal se plonge irrémédiablement à chaque brasse qu’il fait dans ses liquides réconforts.

Malheureusement, ce manque de consistance et de construction très rare chez le réalisateur fait que Flight se regarde avec assez peu d’intérêt, le sort du pilote étant scellé dès le début du film et son attitude téléphonée au possible. La fin totalement dénuée d’émotion achève de rendre le film à peine moyen, au niveau d’un téléfilm intelligemment filmé et mis en scène, mais sans la puissance narrative qu’avait réussi à déployer Tom Hanks pourtant dans un état de solitude physique certes, mais assez proche dans Seul Au Monde.

Et les différentes intrigues que l’on aurait voulu voir plus développées, l’enquête, la famille, l’accès et la perte de la célébrité, la relation à dieu dont la présence émane dans tout le film, comme un appel à la rédemption qui reste sans réponse, autant de choses inexploitées qui laissent un arrière-goût d’inachevé à ce drame réussi mais un peu lourdingue.

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