Cloud Atlas – La tête dans les nuages

Genre : Action, Policier, Science-fiction, Thriller, inclassable Durée : 2h45 Note : 16/20

Réalisé par :  Lana Wachowski, Andy Wachowski, Tom Tykwer Acteurs : Tom Hanks, Halle Berry, Jim Broadbent, Hugo Weaving, Jim Sturgess, Doona Bae, Ben Whishaw, Keith David, James D’Arcy

Au fil de 5 siècles de l’histoire de l’humanité, des hommes, des femmes vivent leurs vies, se croisent,  se combattent ou unissent leurs destins respectifs, se retrouvent d’une vie à l’autre, mourant et renaissant. Chacun de leurs actes, paroles, décisions, aussi insignifiants soient-ils, ayant des conséquences sur leur futur proche comme des siècles plus tard, insufflant un nouveau chemin, un nouveau destin, liant les humains pour l’éternité dans un tout qui dépasse toutes les frontières.

 

Un monument, une montagne, un géant, un titan, voilà ce que l’on a en tête lorsque l’on ressort, étourdi, assommé, transcendé par Cloud Atlas. Une fois arrivé à son sommet, une fois terrassé, ce Goliath de pellicule se révèle immense, tortueux, nerveux. À la fois complexe et simpliste, terriblement, riche et incroyablement épuré,  il pénètre l’esprit et reste gravé dans la mémoire en distillant peu à peu, non pas son message d’interconnexion des âmes humaines plutôt simple à appréhender, mais sa multitude sous textes, références cinématographiques, courants de pensée, références cosmogoniques et mythologiques.

Mais limiter Cloud Atlas à ces seules références bibliques serait courir le risque de passer à côté d’un immense chef-d’œuvre. Peut-être le film le plus ambitieux, le plus incroyablement maitrisé narrativement et visuellement du cinéma indépendant. Un film qui arrive à rendre d’une limpidité absolue l’immense complexité de ce qu’il entend raconter, six histoires différentes, mais sibyllinement liées, six histoires chacune d’un genre radicalement différent, du polar, à la SF apocalyptique ou à l’univers de Blade-Runner en passant par la comédie anglaise.

Un monstrueux défi jugé insurmontable qu’aucun cinéaste n’avait jamais osé affronter. C’est un travail d’une exigence phénoménale, d’une minutie incroyable accomplie par les Wacho et Tom Tykwer ainsi que par l’ensemble du casting, impeccable, magnifique, sans aucune fausse note qui  marquera à jamais l’histoire du cinéma et devance de très loin les attentes des fans les plus hardcore.

Ces multiples liens tissés entre les six histoires du film, les évènements qui influent tour à tour sur le futur de protagonistes parfois méconnaissables, les paroles transmises de génération et génération, les réincarnations et renaissances, les choix faits par certains qui se répercutent des centaines d’années après, tout s’imbrique parfaitement dans un montage millimétré qui fait sauter 4 siècles d’un simple plan de caméra dans une seule et même scène. Comme si les humains, même séparés par des siècles de technologie et d’évolution, même s’ils dépérissent sur un bateau au milieu de l’océan ou gravissent une montagne sur une île perdue, faisaient partie d’un même tout, un fleuve tantôt enragé tantôt apaisé, où navigue l’univers et dont même un seul homme aussi insignifiant soit-il et même sa vie achevée peut infléchir le cours, et ce, depuis la nuit des temps.

Un thème que l’on retrouvait déjà dans Matrix, mais dans une simplification hollywoodienne et non d’une manière plus proche d’un film indépendant comme le fait Cloud Atlas. Un choix de complexité qui leur a valu un échec cuisant au box-office américain dont les masses de spectateurs s’affranchissent généralement des films trop complexes, la faute aux blockbusters calibrés vomis par des Michael Bay et Roland Emmerich aussi généreux en pyrotechnie numérique qu’avares en scénarios bien pensés.

Qu’on le pense sous une multitude d’angles, la réincarnation, les univers parallèles, la destinée, le voyage chamanique de l’âme humaine, la psychogénéalogie, l’éternel retour de Nietzche ou comment mener sa vie de sorte que l’on  puisse souhaiter qu’elle se répète éternellement… Cloud Atlas est un film qui donne le vertige, d’un humanisme, d’une bonté, d’une générosité incroyables .

Jamais prétentieux, époustouflant de beauté, Cloud Atlas dissimule sous ses airs métaphysiques qui gonfleront certains un message réellement intime et libertaire. Le rejet des conventions, les rejet des genres, la haine du politiquement correct et l’affranchissement du moule étriqué dans lequel on essaie de nous façonner . Un discours qui rappelle Blade Runner, 1984, le Meilleur des Mondes,  autant de dystopies dont on retrouve les traces dans Cloud-Atlas.  Un moule qui étouffe le cinéma d’aujourd’hui et dont les réalisateurs  atomisent les frontières en délivrant un film totalement mutant, totalement à part.

Non exempt de défauts, si la répétition un peu naïve du message à plusieurs reprises peut agacer, si chercher à repérer les acteurs sous leurs différents costumes et si le perfectionnisme mis à peaufiner l’œuvre peuvent faire sortir un peu du film tant ils sont ahurissants de perfection, il faut en faire abstraction et se laisser immerger. J’en prends le pari par écrit, que décriée par certains comme Blade-Runner à son époque, L’œuvre de Lana et Andy Wachowski  et de Tom Tykwer mûrira dans l’esprit des spectateurs jusqu’à devenir une œuvre culte du cinéma.

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