Chronicle – Superpouvoirs supergâchés

Genre : Action, Science-fiction Durée : 1h24  Note :  07/20

Réalisé par :  Josh Trank  Avec : Dane DeHann, Alex Rusell, Michael B Jordan

C’était dit par le grand-père d’un des super héros les plus efficaces du 7ème art. Dans le Spiderman de Sam Raimi, le vieil homme prononçait ces mots : « With great powers come great responsabilities ». Sam Raimi l’avait bien compris et avait disséqué son héros pour en saisir la substantifique moelle, l’essence même de l’homme qui façonnait le super-héros.  Au-delà de Spiderman existait Peter Parker et sa psyché torturée d’adolescent peu sur de lui. Spiderman était un héros impressionnant, il était de la responsabilité de Raimi de ne pas en faire n’importe quoi.

Une leçon qu’auraient du retenir Josh Trank et Mark Landis. Fortement, très fortement influencés, et on le sens à chaque plan, par l’œuvre magistrale télékinésique par excellence qu’est Akira et toute la clique de films qui ont découlé de l’anime de 1988 et qui, en 24 ans, n’a pas attrapé une ride.

Le pitch pourtant excellent de ces adolescents qui se découvrent des pouvoirs hors du commun et essaient de les apprivoiser avait un potentiel certain mais il se voit, dans un premier temps, absolument gâché par un traitement laborieux de la caméra subjective. De l’eau a eu le temps de couler sous les ponts depuis celui qui a fait renaître le genre à savoir Blair Witch Project en 1999 et Cannibal Holocaust qui avait fait sensation en 1981. Il y a même eu Cloverfield qui avait une certaine efficacité mais avait, on peux le dire, « foutu un peu la gerbe » à certains spectateurs.

Très sincèrement, on ne comprend pas du tout l’utilité du choix du réalisateur qui vire très vite à l’exténuant exercice de style et finit rapidement par nous ennuyer profondément voire découdre et alourdir la narration elle-même.

Ensuite, ce pitch aurait gagné, quitte à calquer son histoire sur celle d’Akira, à plonger dans les tréfonds de la personnalité du héros principal. A aller chercher plus loin des blessures profondes, des humiliations de l’enfance, pour en faire ressortir une sorte d’affrontement schyzophrénique au cours duquel il aurait perdu la vie. Son pouvoir dépassant son contrôle il aurait fini par le détruire totalement dans d’atroces souffrances en même temps que tous ceux qu’il aime et une partie de la ville. C’est là aussi quelque chose qui manque cruellement à Chronicle, une grandiloquence, une exagération cataclysmique, gothique et violente allant même jusqu’à les mutiler. La portée de ce dont ils sont capables de faire reste gentille, beaucoup trop gentille. A part jouer aux petits oiseaux et faire voler des légos, rien de très impressionnant. Alors oui, n’en déplaise à certains, ce film ne prend aucun risque au contraire, il copie allégrement sur des recettes à succès pour les transposer en ne s’intéressant qu’à la surface des choses.

Ces adolescents de papier glacé tournent finalement en rond dans une gentille fable mièvre et culcul sur l’adolescence narcissique de notre époque et leur éveil à l’âge adulte. Avec leurs pouvoirs dont ils ne savent vraiment que faire, ils ne plongent jamais dans un ton subversif, glauque mais évitent, heureusement, de peu la grosse leçon de morale (quoique). Même la relation conflictuelle qu’Andrew a avec son père est sous exploitée au possible pour ne finalement être qu’une caricature digne d’une série adolescente comme l’avait si bien et mièvrement traité Kevin Williamson dans Dawson’s Creek.

Finalement, Chronicle est le triste reflet assez symptomatique de ce qui arrive aujourd’hui au cinéma avec la volonté inébranlable d’en « foutre plein la gueule » à grands coups de 3D et d’image de synthèse et de plaire à tous les publics. Sous prétexte d’une immersion profonde du spectateur dans une expérience sensorielle, les salles de cinéma se transforment petit à petit en un manège de parc d’attraction ou seule compte l’expérience vécue au détriment total de l’histoire qui est racontée.

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