Captain Fantastic – Les Sept Fantastiques

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Genre : Drame, Comédie, Road-Movie Durée : 1h27 Note : 16/20

Réalisé par : Matt Ross Acteurs : Viggo Mortensen, Frank Langella, George Mackay, Samantha Isler,  Annalise Basso, Shree Crooks, Charlie Shotwell, Nicholas Hamilton, Frank Langella

Retiré de la civilisation dans les forêts du Nord-Ouest des États-Unis, Ben élève ses 3 filles et 3 garçons dans un esprit de développement du corps et de l’esprit pour en faire des adultes aussi intelligents qu’athlétiques. Mais lorsqu’un coup dur frappe la famille et qu’un retour à la civilisation se révèle inéluctable, Ben va devoir revoir certains de ses principes tout en restant fidèle aux autres pour le bonheur de ses enfants.

Peut-on vivre en marge de sa société et offrir à ses enfants les clés d’un développement physique et intellectuel tout en faisant d’eux des marginaux, inaptes à comprendre ou connaitre tout du socle de la culture commune de notre société consumériste ?

La question est d’importance. Pour caricaturer, mieux vaut-il connaitre les frasques des Kardashian, la musique de merde de certains artistes exécrables d’aujourd’hui et le dernier sorti de Secret Story et s’arrêter là pour s’insérer dans la société contemporaine ?

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Révolte au Paradis

Sans aller dans ces désastreux extrêmes, c’est ce socle d’une même éducation, de même activités, de même références qui fait le liant social d’aujourd’hui, comme autrefois la connaissance des grands écrivains de leur époque, la sensibilité à la musique de grands créateurs ou la compréhension de la science liait les intellectuels alors que l’expérience de la vie de tous les jours et de la littérature de rue soudait les classes les moins aisées de la société.

L’affinité chez l’être humain a toujours fonctionné comme ça, sur cette dualité d’une somme de points communs et de découverte de l’inconnu : On aime se nourrir de ce que les autres peuvent nous apporter tout en adorant parler de ce qui nous est commun mais que faire quand finalement, rien ou presque ne nous lie ?

À notre époque où tous les médias nous abreuvent de nouveautés et de stimulus, où la société nous vend monts, merveilles mais aussi des tonnes de bullshit et de vide sidéral à prix d’or on peut aisément comprendre le dégoût général de Ben dans le film pour un société qui semble parfois avoir oublié notre condition d’animal intelligent pour qui le retour à la nature est un besoin fondamental sans pour autant se parer d’une vie de bête. Un personnage qui rappelle celui de Allie Ford joué par Harrison Ford dans Mosquito Coast.

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Quand ton beau-père est ceinture noir de casse-couille 8e Dan

Pour Ben, l’essentiel se trouve dans les nourritures de l’esprit et du corps et non dans « l’inutile ». Le plus important étant de rester un esprit libre, de comprendre et de savoir restituer, de ne pas d’apprendre bêtement mais de structurer sa pensée et son langage. Réfléchir avec son corps et sa tête et dire les choses avec ses mots et pas ceux que l’on a entendus dans un préchi-précha de prêt à penser d’intello raté de radio ou de télévision. Mis au pied du mur, lui-même se rendra compte de l’égoïsme de sa démarche tout en étant tiraillé par ses idéaux. Il verra qu’en voulant libérer la pensée de ses enfants il l’a d’une certaine manière mise dans un carcan.

Pour moi qui me sent parfois totalement étranger aux agitations vaines de l’actualité people et qui suis totalement hermétique à l’enthousiasme suscité par une coupe du monde de footcheball, une émission de real TV, ou les soubresauts nerveux de Cyril Hanouna, je me sens parfois comme un extra-terrestre face à des personnes qui peuvent y vouer non pas un culte, mais même un intérêt quelconque.

Le film de Matt Ross développe avec une grande poésie cette approche de la société mais apporte aussi un regard teinté d’un immense amour et d’une grande bienveillance sur la famille et l’être humain en général.

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Hmmmmmm… Non, je vous dit rien, regardez le film !

Mis en scène avec suffisamment d’intelligence pour suggérer les clés de l’éducation de Ben sans la critiquer, amené avec assez de finesse pour amener le spectateur à s’interroger plutôt que lui servir la soupe, dialogué avec justesse et drôlerie pour en faire un magnifique film indépendant sur l’indépendance de soi, la franchise et le libre-arbitre. Ce film montre l’importance donner à ses enfants les clés pour développer la pierre brute, l’immense potentiel, l’intense richesse et l’appétit de découverte qu’ils ont en eux mais aussi l’importance de les confronter au monde réel et à s’interroger sur lui.

Captain Fantastic est un enchantement, une bulle d’air frais qui libère l’esprit interprété par une panoplie d’acteurs formidables, qu’ils aient 8 ans ou plus âgés. Chacun est juste, parfaitement dans le ton, apporte sa couleur à la palette du film qui nous fait naviguer entre approbation et désaccord, révolte et acception, rage et soumission, tendresse et haine. Si certains ont le droit de le trouver naïf par certain côtés, il est difficile de ne pas être touché au cœur par l’évidente sincérité d’un film aussi rare qu’Away We Go ou Little Miss Sunshine.

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