Blue Ruin – Tuer n’est pas un jeu

Genre : Road Movie Durée : 1h32 Note : 16/20

Réalisé par :  Jeremy Saulnier  Acteurs : Macon Blair, Devin Ratray, Amy Hargreaves

Un vagabond voit sa vie bouleversée le jour où le responsable de la mort de ses parents sort de prison après 10 ans d’incarcération. Aveuglé par la colère, la tristesse et la rage, il va se jeter dans une vendetta sanglante pour à la fois protéger ce qui lui reste de famille et venger ses parents.
Blue Ruin, c’est le nom de cette épave dans laquelle dort Dwight, Pontiac rouillée par le sel marin qui sera au centre de tout le road movie. Épave qui l’a éloigné du monde, mais qui va aussi l’en rapprocher. Ruine sur roues qui va l’aider à renaitre et qui va jouer un rôle central dans le film, emmenant Dwight à chaque endroit où son destin se joue, à chaque pas maladroit qu’il franchira pour assouvir sa vengeance.

Blue Ruin est un mélange des genres. Satire sociale, road movie dans la plus pure tradition  américaine, comédie noire et horrifique, film à tiroir et thriller haletant, il suinte à la fois d’une libératrice énergie et d’une angoisse permanente grâce à l’interprétation sans faille de son acteur principal. Impeccable, parfaitement juste, subtil et empathique, aucune des clés pour le comprendre n’est livrée d’entrée de jeu. Tout se dévoile avec plaisir sur la longueur. Le changement s’opère dans la salle au travers du personnage. Les décors se dévoilent sans grands plans de caméra, sans tambour ni trompette, sans sensationnalisme. Putain, on est loin des codes mainstream et ça fait du bien !

Ainsi, Dwight dans sa vengeance pataude et burlesque de pas du tout ex du Vietnam ou du Golfe ou d’Afghanistan vit un véritable parcours d’obstacle. Sa maladresse continuelle, son manque d’expérience mettent en avant au-delà bien autre chose qu’un simple vernis comique. C’est exactement le récit d’une personne normale qui vivrait les mêmes malheureuses circonstances, comme une épreuve divine qui lui serait imposée où chaque pas compte autant que la vie que l’on prend pour assouvir sa vengeance. Où l’on sait qu’il y a une limite que notre morale réprouve, mais que l’on finit par franchir.

L’évolution de Dwight et du film surprennent et ravissent, le portrait  de cette société où jadis, la justice passait forcément par les armes fait mal, le portrait des habitants se fait aussi dur et acerbe que dans un certain True Detective, magnifique série dans la même veine que ce film. Même photo superbe, mêmes plans inquiétants et inventifs, même marasme ambiant, mêmes décors crasseux, Blue Ruin est tout de même d’une élégance rare dans son traité, un vrai bijou de cinéma indé, une balle en pleine tête du mythe du vengeur américain tout puissant. Un anti Taken en costume d’expert comptable qui plus que tout, veut vivre en paix avec lui même, quel qu’en soit le prix.

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