Big Eyes – Paupières engourdies

Critique Big Eeyes - N'y alles pas c'est de la merde

Genre : Biopic Durée :  1h47 Note : 10/20

Réalisé par : Tim Burton Acteurs :  Christoph Waltz, Amy Adams, Dany Huston

La scandaleuse mais tragique histoire vraie d’une femme, peintre de grand talent, qui vit ses toiles usurpées par son mari qui en récolta toute la gloire et le mérite.

Tim Burton, tout le monde connait, tout le monde a son préféré, ses univers délirants, grandiloquents, magiques, surnaturels… ses personnages solitaires, inadaptés, torturés, originaux, créatifs, pris d’un grain de folie, d’une véritable démence intérieure ou d’un intolérable marginalité ou esprit destructif ou destructeur, séduisent depuis des années les passionnés du cinéma.

Avec Big Eyes, Tim Burton prend le pari, osé, de se sortir de son carcan confortable, voire de ses désagréables habitudes qui faisaient dire à la sortie de ses derniers films : « ouais, c’est un Tim Burton quoi… ». Rien de plus dur pour un réalisateur que de sentir que son style lasse et pour un créatif que de voir que ses petites habitudes se répètent, presque inconsciemment, dans un automatisme maniéré, dans une patte toujours identique de film en film et de découvrir, que ses surprises finalement n’arrivent plus à surprendre. Finalement, trouver son style n’a pas que du bon et un artiste qui se respecte devrait toujours s’efforcer de se surprendre au risque de déplaire aux autres.

Il n’est pas étonnant d’imaginer Tim Burton fan du travail de Keane, artiste dont je n’aurais pas la prétention de dire que je connaissais le nom, sinon les œuvres aux grands yeux. Keane fait certainement partie de ce patrimoine artistique américain dont trop peu de peintures ont franchi les eaux de l’Atlantique pour en tirer une notoriété susceptible de les rendre reconnaissable au premier coup d’œil.

Les tableaux de Keane, semblent tout droit sortis de l’imaginaire du réalisateur et forcément légitiment immédiatement le biopic, l’histoire étonnante de cette femme dont le mari dominant, pervers narcissique en puissance, usurpa sans vergogne le talent pendant des années. On retrouve dans ce récit, le goût pour les causes perdues et le sentiment d’injustice chers à Burton dans la plupart de ses fables, mais l’ensemble du film, tout aussi ponctué d’humour noir, de grands méchants et de gentils naïfs est beaucoup trop caricatural, timide et peu surprenant pour être passionnant et prenant. Si avec Ed Wood, Tim Burton avait réussi le tour de force de rendre totalement original et subversif l’exercice du biopic, avec Big Eyes, le film est loin du compte.

L’erreur aurait été d’aller voir le film comme un Tim Burton « classique » avec la check-list établie à l’avance de ce que l’on attend du réalisateur. Le problème n’est pas là, le souci de Big Eyes est son côté objet fini, trop sage, sorte de reconstruction parfaite de l’Amérique d’Epinal des années 60 toute droite sortie des images des paquets de Kellog’s Corn Flakes.

Il y a peu de surprises dans Big Eyes, peu de propositions créatives et finalement peu de folie et d’originalité dans ce film pour en faire autre chose qu’un biopic très, très classique dans lequel aucune passion réelle pour l’artiste dont il raconte la vie ne transparait au profit d’une compassion exacerbée pour l’héroïne de l’histoire, victime complaisante d’un mari nombriliste et castrateur campé par le détestable Christoph Waltz (pas humainement, dans son rôle).

C’est drôle, tragique, bien interprété, parfaitement filmé, mais bien en deçà de ce que l’on pourrait attendre du réalisateur sur un sujet artistique servit sur un plateau. Loin d’un film d’auteur, engagé, personnel, dans lequel transparait l’énergie burtonienne, Big Eyes ne laisse pas le spectateur les yeux écarquillés par la beauté et la vision décalée de ce qu’il vient de voir, mais lui fait passer timidement un bon moment dont on espère voir venir le dénouement plus vite qu’il n’arrive. Dommage.

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