Argo – Argo fuck yourself

Genre : Drame, Thriller Durée : 1h59 Note : 16 /20

Réalisé par :  Ben Affleck Acteurs : Ben Affleck, Bryan Cranston, John Goodman, Alan Arkin, Kyle Chandler

 

Alors que la révolution iranienne connait son point d’orgue, 400 « militants islamiques » prennent en otage 52 personnes dans l’ambassade des États-Unis à Téhéran. Heureusement, au milieu de la panique, six Américains parviennent à s’enfuir et à se réfugier au domicile de l’ambassadeur canadien. Les sachant traqués et condamnés à une mort certaine, Tony Mendez, un agent de la CIA spécialiste de l’exfiltration monte de toutes pièces un faux projet de film de science-fiction baptisé Argo et dont l’équipe doit réaliser les premiers repérages dans les magnifiques décors de l’Iran.

Les premières minutes du film, tout comme le look totalement 70’s des personnages de l’histoire,   nous situent le contexte historique dans lequel se déroulera Argo : l’arrivée de l’Ayatollah Khomeiny au pouvoir après des années troubles sous le joug du Chad d’Iran, le coup la prise d’otages fomentée par un groupe « d’étudiants » islamistes de 53 Américains qui seront retenus pendant 444 jours au sein de l’Ambassade Des États-Unis. et l’évasion, in extrêmes, de 6 Américains réfugiés en l’ambassade du Canada.

Dès les premières minutes, nous sommes mis dans la confidence d’un secret d’état, dans les coulisses d’un pouvoir qui nous dépasse, que l’on accuse souvent de tous les maux, mais qui va œuvrer ici pour le bien. Tout au long de ses presque deux heures de film, Argo déroule avec beaucoup de justesse et de subtilité toute la logistique et l’intelligence mises en place pour faire de cette opération d’exfiltration un succès, tout en évitant à la fois la mort des otages, un incident diplomatique terrifiant et des représailles fâcheuses pour les otages encore captifs.

Il faut dire que « Canadian Caper »  , l’opération rebaptisée Argo pour Hollywood et déclassifiée par Bill Clinton en 1997 à tout du scénario à succès d’Hollywood. Montage d’une fausse société de production Studio 6, préparation d’un faux repérage pour un faux film, divulgation dans la presse spécialisée de ce même faux repérage et de ce même faux film, lecture publique du script, faux casting, faux background et fausse identité pour les fuyards planqués chez l’ambassadeur canadien  et finalement fond de l’opération délirant, presque trop énorme pour passer pour véridique (lisez l’interview de Mendez sur le site de la CIA pour vous en convaincre) Pourtant tout à l’époque était tellement bien monté et orchestré que même Spielberg qui s’était vu refusé le script de E.T à la Columbia s’était tournée vers Studio 6 pour le produire.

Et chose étonnante de la part de Ben Affleck acteur que l’on est plutôt habitué à voir dans de gros navets, il joue ici avec une retenue exemplaire et a su se mettre suffisamment en retrait pour faire passer son premier rôle au second plan.  Quant au Ben Affleck réalisateur du très moyen The Town et du trop larmoyant et maladroit Gone Baby Gone, il fait ici un splendide coup d’éclat. Le film se tient d’une manière magistrale, est parfaitement orchestré, millimétré et surtout magistralement reconstitué à partir de clichés d’époque.

Le travail effectué par les équipes du film en terme de documentation, maquillage, décors, costumes nous plonge complètement dans l’atmosphère de cette fin des années 70. Le montage, le jeu des acteurs et l’écriture des dialogues sont parfaits et rendent parfaitement l’angoisse qu’ont dû ressentir les ressortissants américains en attendant de s’extirper de l’espace aérien Iranien et recouvrer leur liberté. Sur ce point, Argo est à mettre à la même hauteur que des ainés aussi illustres que Les Trois Jours du Condor, Marathon Man, Conversations secrètes. Il fait partie de ces films d’espionnage intelligents, thrillers politico-cérébral (mais pas trop) que l’on aime voir et que l’on aimera certainement revoir pour toutes ses qualités si ce n’est qu’après un film très réaliste, il s’offre un fin très hollywoodienne au suspense un poil artificiel et attendu bien que très bien mis en scène.

Mais Argo va bien plus loin que la simple narration d’un fait historique. Ce sont en fait trois  huit-clos qui s’entremêlent avec beaucoup de fluidité. Des otages en proie au doute enfermés dans un « ilot canadien » à la sécurité loin d’être sans failles et qui angoissent sur leur sort à venir. Une peinture plutôt acide de la jungle aux artifices hollywoodienne peuplée de personnages que l’on devine aussi retords  que des Mohammad Reza Chah Pahlavi, le fameux Chah d’Iran, mais aussi d’extravagants lunatiques campés par le duo Goodman/Arkin. Et enfin, une critique de la bureaucratie lente et manipulatrice de l’Intelligence américaine et de ses relations conflictuelles internes et externes. C’est d’ailleurs sur ce point précis que le film pose les bonnes questions.

Sous ses airs de dépeindre une agence gentille et sympathique œuvrant pour le bien de ses citoyens, le film de Ben Affleck, en sous texte, aborde le pouvoir extraordinaire de cette structure tentaculaire qui s’affranchit année après année des lois du monde. Une agence qui trouve des connexions partout, peut faire croire ce qu’elle veut à qui elle le veut et peut toucher n’importe qui, n’importe où. Fouiller ce point aurait rendu le film plus brouillon et certainement trop dense, mais le survoler permet de mettre en perspective d’utilisation de ce pouvoir à des fins autrement moins samaritaines que l’exfiltration de ressortissants américains d’un pays en guerre. Seuls de grands films arrivent à un tel résultat sans être trop littéraires. Argo en fait partie.

2 avis sur “Argo – Argo fuck yourself

  1. Ce film ne devrait pas avoir le droit de porter la mention « tiré de faits réels ». Il ne relate pas du tout la réalité. C’est encore un film de propagande américaine anti-iranienne et cautionné par hollywood. ?’y aller pas c’est vraiment une merde. C’est a gerber

    1. Je ne suis pas entièrement d’accord. Le film est tiré de la crise des otages donc il est bien tiré de faits réels. Certes un terme plus exact aurait été « inspiré » de faits réels. C’est plutôt le début du film qui résume un peu vite la situation (cf le lien plus bas), le déroulement des opérations, les détails et la structure même de l’histoire qui font que Argo a été effectivement plutôt fortement romancé surtout à la fin (à lire ce témoignage : http://www.slate.fr/story/63889/argo-en-vrai) et ce, surtout pour donner le beau rôle à la CIA, connue et reconnue pour ne pas faire que du travail d’une grande « propreté » et pour baigner dans des affaires louches qui se retournent contre elle. Mais si on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs ou n’a pas envie de voir les coquilles trainer partout dans les médias. De fait, la CIA a des billes un peu partout dans Hollywood, c’est plus facile de faire pression ou de diriger une prod vers l’une au l’autre direction.

      Mais un film reste un film, Argo est structuré comme un récit à suspense et n’entend pas de ce fait, dépeindre une photo ultra réaliste de la situation à l’époque, de ce fait, il n’est pas étonnant que tu puisses y voir de la propagande anti-iranienne les relations entre ce pays et les USA étant tendues depuis des années et pas seulement depuis cette crise et le problème ne vient pas QUE des Iraniens, c’est sur et certain, les USA y sont pour beaucoup également. A voir cette vidéo : http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=H8ybj5KULmA

      Ensuite accuser hollywwood de faire de la caricature d’un pays étranger ?? c’est une évidence totale, c’est un pléonasme ! Regarde comment sont caricaturés les anglais, guindés et coincés du cul, regarde comment sont caricaturés les français toujours une baguette de pain à la main et un béret sur la tête, les asiatiques, tous avec un accent terrible ? Toujours avec un chapeau sur la tête ou à bosser dans la saleté… Hollywood a des œillères terribles. Il faut prendre de la distance vis à vis d’un film.

      Quant à l’ambiance du film et l’attitude des Iraniens, un pays en guerre et en révolution connait forcément des périodes de tension extrême comme cela est montré dans le film et ce, quelque soit l’origine du pays d’ailleurs. Ses habitants en pleine crise sont tendus, sur leurs gardes , en pleine révolte et c’est normal. Sur ce point rien de choquant. Bien sur les iraniens ne sont pas tous commme ça et à cette époque beaucoup souffraient et tentaient de vivre normalement malgré la terrible histoire de leur pays. Le jour où les actions de certains arrêteront de devenir la caricature de tout un peuple on aura beaucoup avancé. Le monde vit de caricature et de clichés, le cinéma n’a pas le temps de s’attarder sur la nuance malheureusement.

      Je serais curieux de voir une version Iranienne d’Argo cela dit.

      PS : Fan du seigneur des anneaux ?

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