American Sniper – Stars & Stripes & Propaganda

Critique American Sniper

Genre : Actio, Guerre, Biopic Durée :  2h12  Note : 08/20

Réalisé par : Clint Eastwood Acteurs :  Bradley Cooper, Sienna Miller

Chris Kyle est un Texan comme les autres, bourrin, bourru, alcoolique, looser, passionné de chevaux et de rodéo. Mais c’est quelqu’un à l’âme généreuse et au sens patriotique exacerbé. Entrainé pour devenir un Navy Seal, il sera bientôt envoyé sur le terrain et deviendra La Légende, un tireur d’élite hors normes. Un véritable héros américain qui, entre son envie de protéger sa famille militaire et de vivre sa vie civile, vivra bien mal ses divers retours au pays.

De la littérature au cinéma, les récits de traumatismes de guerre ont toujours inspiré. Homère et sa Guerre de Troie aux récits bibliques en passant par les envolées lyriques de William Shakespeare. Le cinéma américain a commencé à s’intéresser au sujet à la fin des années 70 et pour une bonne raison. La Guerre du Vietnam, déculottée phénoménale infligée aux Américains, a été la première guerre télévisuelle.

Le 4 Août 1964, l’Amérique, sûre de son coup, avait dépêché armes et caméras pour filmer la victoire de la société biblico-capitaliste sur l’anxiogène communisme de Nguyên Ai Quoc (futur Ho Chi Minh) telle une armée de croisés avide de répandre les bienfaits de leur belle patrie.

Ce fut une débâcle totale dont la couverture médiatique s’est totalement retournée contre le gouvernement. La Guerre, impopulaire au possible, créa un phénomène de rejet de la part de la population envers les soldats engagés, changea la face de l’Asie du Sud-Est, mais aussi celle des films de guerre polémiques qui adoubaient l’armée américaine comme le fameux Bérets Verts, co-réalisé par John Wayne, qui brossait avec un peu trop de candeur et de naïveté le rôle de superman de l’armée US dans un conflit d’une violence rare.

Cet appui tactique, technologique, logistique et financier de l’armée américaine dure depuis des années et perdure encore aujourd’hui dans des films calibrés pour favoriser le recrutement de chair à canon. Bien peu de réals s’octroient alors le droit de critiquer la main tendue quand les scénarios ne sont pas sélectionnés au préalable pour coller aux desideratas du gouvernement et de l’armée.

Les réals du nouvel Hollywood, films d’immigrés élevés à la bibine américaine, prenaient alors à contre-pied ce patriotisme pour tacler la classe dirigeante et surfer sur un cinéma-vérité en prise avec la vague de contestation qui s’élevait après le conflit vietnamien.

En 1976 sort Taxi Driver de Scorcese et son chauffeur mémorable totalement fêlé. 3 ans après la fin du conflit vietnamien, c’est le premier film à s’intéresser au moi du soldat, aux morceaux qu’il reste de lui après le conflit et surtout à aborder de front la vérité d’un conflit encore frais. Travis en vengeur névrosé sur le fil, est le portrait parfait d’un traumatisé du conflit. Ne sachant ni discerner les amis des ennemis, absent et acteur, à la fois aux USA et encore « là-bas ».

Consécutivement en 1978 et 1979 sortent Voyage au Bout de L’enfer de Michael Cimino et Apocalypse Now de Coppola. Deux films cultes, sublimement réalisés et interprétés qui traitent de façon très différentes d’un même sujet : le syndrome post-traumatique. S’ensuivent Rambo (1982 – Ted Kotcheff), Platoon (1986 – Oliver Stone), Full Metal Jacket (1987- Kubrick), Outrages (1989 – De Palma) et j’en passe.

Dans quelle catégorie ranger alors American Sniper ? Malheureusement, dans celle du film très flatteur envers l’Amérique.

La guerre, les guerres du golfe, Afghanistan ont été des guerres qui ont reçu des vagues de protestations bien moindre que celle du « Nam » et surtout depuis que les intérêts américains ont été touchés à Nairobi et Dar Es Salaam et bien sûr, le 11 septembre. American Sniper est donc en droite ligne avec la politique de la famille Bush. La croisade vengeresse, cinématographique d’une Amérique guerrière, chrétienne libérant les pays avec la finesse d’un pingouin manchot qui ferait une chirurgie du cerveau à une musaraigne.

J’ai beau beaucoup aimer le cinéma de Clint Eastwood et m’être délecté du Dytique Iwo Jima, American Sniper ne trouve pas grâce à mes yeux.

C’est un film moyen vraiment très américain d’américain moyen pour américain moyen et c’est exactement ça le problème. Je serais un Texan bouffi d’orgueil me grattant péniblement les couilles par-dessus mon énorme bide avec un drapeau sudiste accroché au mur devant ma téloche diffusant CNN, une tête d’élan dans les chiottes pomme dérouleur à PQ et la culture ciné d’un civet de lapin, je trouverais American Sniper formidable. Mais là non, c’est juste un film de guerre pauvre, facile et attendu.

Peu de réflexion, peu de subtilités et pas vraiment de performance d’acteur si ce n’est celle, honorable de Bradley Cooper totalement désemparé devant la nullité totale de celle qui lui sert de moitié.

American Sniper est distrayant, mais pas empathique. Il est bien réalisé, mais bourré de clichés, de raccourcis, d’ellipses temporelles brouillonnes et de dialogues à la voix rocailleuse et l’accent de chips au cholestérol et à la testostérone. Aucune surprise, c’est du patriotisme que l’on craignait au menu, c’est du patriotisme que l’on nous sert dans l’assiette. Vive l’Amérique, Les T-Bones, le rodéo, le football américain, le Stars & Stripes et tout le bordel.

Il dresse finalement le portrait très superficiel d’un héros américain formaté. Pire, il gomme le caractère bien plus violent, plus boucher de ce qu’était en réalité Chris Kyle d’après de nombreux témoignages y compris les siens. Un homme abimé par le combat à distance, véritable boucher de la performance, prenant parfois sa mission d’appui des troupes trop à cœur, s’amusant de tuer des sauvages, regrettant de ne pas pouvoir tuer des porteurs de Coran. Rien de tout ça à l’écran. Encore pire, il ne remet jamais en question le pourquoi du conflit en Irak, ne parle pas du mensonge des WMD (armes de destruction massive)… Bref, il ne pose aucune bonne (ni mauvaise) question.

Le personnage, sorti du roman autobiographique ne dégage pas grand-chose et ne semble souffrir que d’une petite migraine passagère en regard des névroses vécues par les personnages des films cités au début de cette critique. Même sa réhab’ est survolée sans vraiment comprendre ni aborder la portée de ce qu’il entreprend. On le droit à trois bisous-câlins familiaux, un BBQ entre potes et une virée chez McDo et Texaco et basta. Welcome back to the AWOL (American Way Of Life).

Exit le syndrome post-traumatique qui est traité avec une légèreté étonnante. Exit le dénouement final même pas montré à l’écran alors que cela aurait été certainement le point le plus intéressant du film. Exit la finesse d’une relation familiale bancale au profit d’un gloubiboulga militaire de copains morts au combat et de combats filmés sans grande maestria et dégoulinant d’un patriotisme à fleur de fusil au profit de la plus grande nation du monde. Exit aussi le Chris Kyle affabulateur, tueur de pilleurs pendant Katrina,  Le seul enjeu du film reste un affrontement d’egos, une bataille de sniper à sniper. Le mec qui veut battre son adversaire d’un headshot à Counter Strike.

Ce film est frustrant, ressemble à une esquisse de scénario et n’est jamais fouillé ni enlevé. Ni dans les dialogues, ni dans les situations. Un Clint regardable en passant, mais très, très orienté, politisé et vite oubliable. Navré Clint, mais là, tu as snipé dans la bouse.

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